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La Vision après le sermon : du Synthétisme au Primitivisme

Paul Gauguin, La Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l'ange, 1888, huile sur toile, 72.20 x 91.00 cm, National Galleries of Scotland, Edinburgh.

Paul Gauguin, La Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l’ange, 1888, huile sur toile, 72.20 x 91.00 cm, National Galleries of Scotland, Edinburgh.

Pour comprendre l’attrait de Gauguin pour l’art primitif et son évolution progressive vers ce style, il conviendrait de se pencher d’abord vers les oeuvres antérieures à ses voyages.

La Vision après le sermon, réalisée en 1888, ressort parmi celles-ci. Elle est la première œuvre dite « synthétique » de Gauguin, et marque son entrée dans le mouvement symboliste. La toile est définie comme l’oeuvre-clé du Synthétisme dans la mesure où représente un point de vue subjectif, la vision (biblique) des nonnes mais aussi celle du peintre, dans une synthèse avec l’observation du monde et les considérations esthétiques propre à l’artiste. Ce tableau met donc en adéquation trois éléments essentiels : la réalité objective des apparences, le monde intérieur de l’artiste, et les possibilités formelles de la ligne et de la couleur, moyens expressifs à part entière.
S’il a été réalisé avant la découverte par Gauguin des cultures primitives et de l’exotisme, elle peut être comprise comme un « jalon capital de son primitivisme », selon Barthélémy Jobert, spécialiste de l’art européen du XIXème siècle, dans son article Universalis concis mais efficace. En effet, La Vision après le sermon s’inspire avant tout des estampes japonaises, telles que celles d’Hiroshige, mais préfigure le style « primitif » du peintre de par son assimilation symboliste de thèmes et de motifs culturels ainsi que par la stylisation des éléments formels du tableau (planéité, couleurs vives et contrastées, etc.).

En s’intéressant de plus près à cette oeuvre, tout simplement sur la recherche Google, on découvre rapidement qu’elle a été exposée temporairement au Musée des Beaux-Arts de Quimper en 2009. À partir du site du musée, par ailleurs très joli et agréable, on accède facilement à un dossier de presse réalisé pour l’exposition, en version pdf. De source a priori fiable, bien que l’auteur ne soit pas précisé, ce document resitue l’œuvre dans son contexte, notamment avec le rôle de Gauguin dans l’École de Pont-Aven, la décrit et l’analyse, et offre également une chronologie de l’artiste. Bien que cette ressource ne traite pas du primitivisme à proprement parler, elle n’en demeure pas moins intéressante pour comprendre l’évolution progressive et complexe de l’artiste vers son style de prédilection. Le Christ Jaune, œuvre dont nous avons déjà parlé dans un article antérieur, fait également partie de ces tableaux symbolistes préfigurateurs d’un style qui se détachent du naturalisme (héritage de l’Impressionnisme) pour favoriser le style primitif.

Le Musée des Beaux-Arts de Quimper a également mis en ligne un « Dossier pour professeurs« , réalisé par l’animateur du patrimoine Jean-Philippe Brumeaux, le conseiller départemental arts plastiques Didier Frouin, la conservatrice Nathalie Gallissot ainsi que par le conseiller-relais Yvon Le Bras. Pour compléter le dossier de presse, plus général, ce dernier document approfondit certaines notions au sujet de l’œuvre de Gauguin, notamment la composition, la couleur, les influences du peintre, et joint même quelques « pistes pédagogiques » pour mieux comprendre les œuvres en général (p.14 à 20).

Le détour par cette œuvre à moitié hors-sujet est enrichissante à plusieurs niveaux : non seulement il nous permet de mieux cerner le style de Gauguin, qui a évolué de l’Impressionnisme au Primitivisme en passant par le Symbolisme et le Fauvisme (tendances qui sont toutes liées), dont le synthétisme se retrouvera dans nombre de ses œuvres réalisées sur les Îles, mais il nous amène également à consulter plus assidûment les sites de musées qui souvent souvent généreux en documents informatifs, ainsi que les articles plus pointus (il faut avoir l’idée de taper un nom de tableau sur Universalis, par exemple). À notre grande surprise, on peut même tomber sur un article intéressant sur… le site du cinéclub de Caen !
(Pour les germanistes, un très bon article explicatif paru dans la Neue Zürcher Zeitung, qui fait également des parallèles avec le style primitif de Gauguin.)

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Dans les oeuvres

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À quoi sert Aid’Art ? Selon leur propre présentation sur le site, « Aid’Art s’adresse à tous les passionnés d’art qui souhaitent découvrir des analyses sur des toiles de maîtres. »
On y trouve des descriptions et des analyses d’œuvres de classiques (de Cézanne à Goya en passant par de La Tour)  mais aussi d’artistes contemporains qui cherchent à faire découvrir leur travail. On retrouve facilement Gauguin avec son nom figurant en gros dans le nuage de tags à droite. Même s’il est classé dans la catégorie « symbolistes », de nombreux articles correspondent à sa période primitiviste et s’identifient facilement, grâce à la reproduction en grand des œuvres et leur cartel précis.  
Les articles d’Aid’Art offrent à un lecteur amateur d’art mais non spécialiste des descriptions et des analyses des œuvres de Gauguin, et peuvent servir d’introduction pour se plonger dans l’univers du peintre. Les commentaires d’œuvres sont, selon les articles, iconographiques et iconologiques, par une analyse symboliste d’éléments du tableau, mais aussi techniques, en insistant sur un composant tel que la couleur (comme par exemple dans Femme à l’éventail de 1902).
Les textes comportent des références précises à des écrits d’auteurs, en citant les sources, pour appuyer le commentaire. La plupart ont d’ailleurs été rédigés par des professeurs d’histoire de l’art.
Malgré la bonne qualité des articles, certains peuvent semer le doute quant à la fiabilité des propos si aucune source n’est citée, et tous les textes ont été publiés par un mystérieux « Vincent » sur lequel l’internaute n’a pas d’informations.
Toujours est-il que les analyses d’œuvres de la période primitiviste de Gauguin sont intéressantes et éclairantes, et la qualité de reproduction d’images très bonne. On y retrouve également un article concernant le Christ Jaune, toile emblématique du basculement du style de Gauguin vers l’art primitif.
Aid’Art s’avère fort utile, bien qu’il reste dans le général, et peut donner de nombreuses pistes pour se livrer à une étude plus approfondie des œuvres primitives de Gauguin.

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