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Musée des beaux-arts de Lyon

Lyon

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon, fondé en 1801, détient en tout 2000 peintures dont 700 sont exposées au public, et parmi lesquelles apparaît, avec d’autres Impressionnistes, Paul Gauguin. Sans pour autant égaler le musée Thyssen-Bornemisza, son site est très bien organisé (plus clair que celui du MoMA) et fournit beaucoup de renseignements à l’internaute. Dans l’onglet « musée », nous avons accès à des informations à propos de sa fondation, de son histoire, et du bâtiment lui-même. Une visite virtuelle est proposée, mais elle s’avère décevante : il ne s’agit que d’une animation en 3D avec un tour panoramique de la cour intérieure. En revanche, les visites 360° sont plus intéressantes, car on a accès directement aux salles, avec la possibilité de faire des zooms modérés sur les œuvres. Dans la salle des Impressionnistes, on retrouve notre cher Gauguin avec son tableau Nave Nave Mahana de 1896. En cliquant sur le cadre, la notice s’affiche, ce qui marque un petit plus pour l’aspect interactif. Mais petit moins : le lien « + d’infos? » ne fonctionne pas, ou est mort. Pour accéder à la fiche de l’œuvre, il faut faire un petit détour par l’onglet « collection » du site, dans la catégorie « peintures ». Ici, le musée présente une sélection d’œuvres assez considérable, de Lucas Cranach à Francis Bacon, en passant par Ingres et Boucher.

Ainsi, nous avons accès à la reproduction de Nave Nave Mahana, avec une notice complète, des détails zoomés du tableau, et un petit commentaire de l’œuvre. Les 3 paragraphes du texte correspondent à la description, l’analyse thématique et l’histoire du tableau au sein du musée. Bien que le commentaire aie l’avantage d’être clair et concis, il reste peu édifiant. C’est alors que la petite case « en savoir + » vaut d’y faire un petit détour. Un petit texte retrace brièvement l’histoire de Gauguin à Tahiti, en soulignant la différence entre le premier séjour, « temps de l’éblouissement« , et le second, temps « de la solitude, de la maladie et de la dépression ».
Le site propose également un extrait (d’une minute 39) de l’audioguide à propos de l’œuvre, ce que peu de musées font. En un premier temps, nous avons à nouveau une description, plus creusée, de la scène et des couleurs. L’accent est mis sur l’aspect primitif de l’œuvre, rendu par l’immobilisme, la monumentalité des figures, la stylisation des formes et le rythme des éléments en frise. Ensuite, une voix d’homme lit un extrait du journal de Gauguin à propos de sa toile, dont il voulait que l’atmosphère soit « grave, comme une évocation religieuse ». À nouveau, on insiste sur l’écart entre la représentation paradisiaque et l’atmosphère réelle dégagée par les figures. On apprend à la fin que le musée de Lyon en fait l’acquisition en 1913, et qu’il s’agit alors de sa première œuvre achetée par un musée français.

Le musée des beaux-arts de Lyon s’avère généreux : il offre un aperçu et un commentaire de ses chefs d’œuvre, ce qui nous permet d’avoir accès de façon facile et agréable à ce très beau tableau de Gauguin, représentatif de son style primitif mais aussi de son état intérieur.

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Gauguin : une personnalité qui fait polémique

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Les Cafés Géographiques sont une association constituée « d’une poignée d’étudiants, anciens khâgneux à la Sorbonne qui, avec leur ancien professeur, veulent poursuivre les discussions de la prépa et refaire le monde. » En France mais aussi partout dans le monde, ces points Cafés sont animés par des membres ayant adhéré à l’association et qui animent ces originaux bistrots autour de débats portant sur la Géographie. Des passionnés, des amateurs mais aussi des spécialistes rejoignent l’étonnant projet, ce qui fait dès lors de ce regroupement une ressource intéressante.

Ils alimentent un site internet, depuis 1998, sur lequel se mêlent toutes sortes de contenus… Bien que l’interface ne soit que très peu attrayante car peu esthétique et mal organisée (on ne sait pas trop où donner de la tête), l’association se rattrape par la richesse des informations qu’elle met à notre disposition. Articles de présentation d’ouvrages, de films et même de cartes postales, dossiers à thèmes consacrés à des villes, partage de recettes culinaires du monde et même de quelques expos… L’association met également en ligne la programmation de ses cafés, par ville, bistrot, et thèmes ou débats qui y seront abordés chaque semaine. Aussi, des comptes rendus des cafés ayant déjà eu lieu ont été rédigés et mis en ligne.

Alors… Pourquoi vous présenter ce site étrange quand bien même la discipline autour de laquelle il se fonde n’est pas la nôtre ? Et bien pour vous montrer à quel point les sciences humaines croisent transversalement leurs différentes « branches » (le mot n’est pas choisi par hasard) d’abord, mais aussi les ressources numériques qui s’y rapportent. Quand on vous parle d’un réseau internet tentaculaire… Et oui ! Nous sommes face à des ramifications virtuelles qui semblent (presque?) inépuisables.

Pour preuve : cet article « Gauguin : colon ou sauvage ? » de Soizic Vasseur. Publié le 2 mars 2004 et visité pas moins de 8605 fois, cet écrit (aussi disponible en version imprimable) retranscrit le débat qui prenait lieu à La Taverne Saint-Germain (qui fait face au célèbre Café de Flore de Paris) le même jour.

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Intérêt du débat : l’apport géographique tiré dans l’œuvre de l’artiste.

Gauguin est encore aujourd’hui fortement critiqué d’un point de vue de sa personnalité et de la vie qu’il a mené, dans le Pacifique surtout. Malade, alcoolique, entretenant des relations amoureuses avec de jeunes adolescentes… Son mode de vie choque et fait polémique. L’une des questions du débat : « génie ou salaud ? ». Comme le soulignera très bien Michel Sivignon, on peut parfaitement être les deux à la fois. Mais il faut, avant toute chose, tenir compte de l’époque et de sa mentalité, ainsi que du contexte dans lequel Tahiti était plongé lorsque Gauguin choisit d’y poser bagages…

La colonisation : quand Gauguin arrive là-bas, il est animé par une soif d’ailleurs et de découverte gigantesque. Dans un premier temps, en prenant compte de sa mentalité ainsi que des premiers tableaux qu’il peint, il nous est permis de dire que l’artiste « a consommé l’exotisme » comme un tout autre occidental banal, avec ses envies d’ailleurs, aurait pu le faire. C’est ensuite seulement, dans sa recherche d’un âge d’or du Primitivisme, qu’il se mettra à haïr l’administration coloniale puis ce qu’elle fera subir au peuple tahitien et à sa culture, dont il se fait défenseur.

Gauguin réalise alors que ce qu’il croyait avoir trouvé, à peine, avait déjà disparu sous l’oppression de cette société occidentale envahissante qu’il cherchait tant à fuir. Sans réellement discerner l’art de l’artisanat, la griffe de l’artiste s’est faite de plus en plus sauvage et mystérieuse. Au travers de ses toiles et de ses sculptures, il invente  alors un langage, son langage, par lequel il récrée tout un monde en voie de disparition. Et c’est cela, ici, qui intéressait les géographes : le monde peint selon Gauguin. Rêve ou réalité ?

Précurseur des mouvements avant-gardistes qui suivront, Gauguin a instauré un changement du regard de l’occidental sur « l’Autre » (le « sauvage ») et sur « l’art nègre ». Anticolonialisme ? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit « La Polynésie en générale est vue comme île de « l’amour », un paradis terrestre. Absence de péché, pas de culpabilité, nudité sans honte. » Et à partir de là… Gauguin ne se déplut pas à choquer.

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Gauguin le colon ?

Gauguin, Te Arii Vahine (La femme aux mangues), 1896, huile sur toile, 97 × 130 cm, Musée Pouchkine.

Gauguin, Te Arii Vahine (La femme aux mangues), 1896, huile sur toile, 97 × 130 cm, Musée Pouchkine.

Multiculturalisme et identité en littérature et en art est un ouvrage d’essais réunis par Jean Bessière et Sylvie André, sous la direction de l’Université de Polynésie Française et de l’Association Internationale de Littérature Comparée, publié en 2002 chez l’Harmattan et numérisé en 2008. Il traite du multiculturalisme comme résultat du colonialisme et comme constitution des identités collectives, à travers la littérature comparée et les arts plastiques. Dès la préface, Sylvie André nomme Gauguin comme figure caractéristique de la production esthétique comme lieu du questionnement social du mélange des cultures.
L’essai qui nous intéresse plus particulièrement se trouve dans la première partie de l’ouvrage, « Expressions des identités culturelles et espaces du Pacifique », dans un essai du docteur en lettres Shigemi Inaga, dont le titre est très précis : « Tahiti et la migration des signes, Représentation du paradis terrestre chez Paul Gauguin et quête de la créolité dans le langage plastique au tournant des XIXe et XXe siècles ». L’ouvrage est partiellement disponible en version numérisée sur le service Google Livres, mais plusieurs pages de notre texte manquent. Pour combler ce défaut, qui est très frustrant lorsque le livre est introuvable ailleurs, une version consultable du même texte est disponible via Didactibook. L’ouvrage n’est pas disponible dans son intégralité, mais en cliquant sur « feuilleter » nous avons accès aux 47 premières pages, mais le format est trop petit pour être lisible. Autre solution : en tapant le titre sur la barre de recherche google, cliquez sur le second lien pour télécharger une version pdf des 20 premières pages du livre, et complétez avec Google Livres.

Après ces pérégrinations peu commodes (ce sont les aléas des droits d’auteur), revenons à notre essai. Shigemi Inaga rappelle en un premier lieu que Gauguin a été victime de critiques dites « post-coloniales » concernant son attitude dans les Îles, accusé de délits de prostitution, d’affabulation et de falsification du patrimoine culturel. En réponse à ses accusations, l’auteur ne tente non pas de réhabiliter l’artiste, mais de réinterpréter ses actes comme « produit ultime de la situation coloniale » ainsi que comme pionnier de la recherche multiculturelle, ce que l’on voit à travers ses arts et ses écrits. Au sujet de l’accusation de « pillages », Gauguin aurait en fait eu comme procédé intentionnel d’extraire des sources iconographiques de leur contexte d’origine pour les combiner de façon originale (comme par exemple les estampes japonaises). Il nomme cet art la « créolisation du langage visuel« , et se propose de l’étudier plus en détails. Il prend comme exemple le tableau Te Arii Vahine, qui représenterait une Ève tahitienne, et en retrace les origines iconographiques. S’ensuit la démonstration d’un lien entre la représentation par Gauguin d’une Ève immaculée et sa critique d’une morale chrétienne, que l’on retrouve par ailleurs dans ses notes rédigées lors du second séjour à Tahiti. Après cette analyse intéressante et d’ailleurs inédite, Inaga se propose d’interpréter la fameuse œuvre D’où venons nous? Que sommes-nous? Où allons-nous? selon différentes sources littéraires et iconographiques. Nous comprenons mieux pourquoi les toiles de Gauguin décrivent un monde idéalisé et irréel : cela correspond en réalité à une phase d’extinction d’une forme de paradis terrestre à Tahiti et aux Marquises (qui souffraient d’une dépopulation considérable). L’auteur conclut son essai sans porter de jugement de valeur, mais en insistant bien sur le fait que Gauguin a réalisé une « migration des signes en quête d’une identité multiculturelle. »

Les difficultés rencontrées pour accéder au texte en valaient la peine, car c’est ici une toute nouvelle approche de l’œuvre de Gauguin que nous découvrons, éclairées par le très intéressant point de vue de la littérature comparée mais aussi de l’analyse des sources iconographiques. Au lieu d’accuser partialement Gauguin comme étant un colon, ou au lieu de le défendre, nous pouvons tout simplement retracer ses démarches artistiques qui sont indéniablement originales et uniques dans le genre.

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Le musée Solomon R. Guggenheim

guggenheim

Le musée Guggenheim de New York est probablement le plus connu des différents musées d’art moderne crées par la fondation Solomon R. Guggenheim. Parmi les nombreux artistes présents dans ses fonds se trouve, évidemment, Gauguin.
Comparons un instant le site de ce musée avec celui d’un autre grand musée d’art moderne New-Yorkais: le MoMA, déjà étudié dans un article ultérieur. Ils ont en commun un grand avantage, contrairement à d’autres sites tels que celui du Centre Pompidou, celui de proposer une grande partie numérisée de leur collection, ainsi que le répertoire complet de leurs expositions passées. Si le Guggenheim se contente d’une courte description surplombée d’une image, celui du MoMA, comme nous l’avons déjà vu, accompagne souvent la description de l’exposition d’une page à part entière qui reprend l’exposition, ce qui est bien sûr une chance immense pour l’internaute qui n’a pas pu se rendre à New York pour l’occasion, d’autant plus que les pages sont interactives et que le thème esthétique de leur interface est recherché et lié au sujet. De plus, le Guggenheim n’offre pas de biographie d’artiste aussi longue que le MoMA, ni de diaporama aussi complet. Quel reste alors l’avantage propre au site du Guggenheim ? Son interface est plus claire et lisible que celle du MoMA, où les fenêtres glissent et les onglets et barres de recherches foisonnent. Si les informations sont moins fournies, elles sont mieux classées (par artiste, par période, par médium et par courant) et plus agréables à lire. Il ne faut pas sous-estimer le poids de la collection numérique proposée par le Guggenheim, qui se flatte de montrer plus de 1100 œuvres de 450 artistes différents, ce qui est considérable.
Ainsi, en tapant dans la barre de recherche de l’onglet « Collection », l’internaute se retrouve sur une page avec deux paysages du peintre : Haere Mai (1891) et Dans la vanillère, homme et cheval (1891). Évidemment, il ne faut pas s’arrêter là. En cliquant sur les images, nous avons accès à un article très intéressant au sujet de ces deux œuvres, rédigé par Nancy Spector, chef-curatrice du musée. Ce texte, bien qu’il soit écrit en anglais, est très clair et dit l’essentiel en deux paragraphes. Il nous concerne tout particulièrement dans la mesure où il traite des scènes de paysages de Gauguin en lien direct avec le Primitivisme, concept sur lequel nous avons plus de détails dans un autre article, par un lien hypertexte. Bien que ce dernier ne nous apprenne rien de nouveau sur ce courant de pensée, il reste intéressant par sa densité : le plus important y est dit, en peu de mots. Cela permet également d’observer à quel point le site est bien mené, en laissant le visiteur virtuel se balader de tags en tags et de liens en liens, par exemple concernant les artistes expressionnistes inspirés par l’art « primitif ».
Retournons au premier article… En comparant le commentaire au tableau, on s’aperçoit en effet du caractère imaginaire voire idyllique de ses paysages, ce qui est propre à la volonté des artistes « primitifs » de mêler mythes et réalité à travers des éléments plastiques forts. Ici, ce qui ressort, c’est la simplicité des formes et le contraste des couleurs vives qui ressortent, ce qui fait penser à une tapisserie. Au sujet d’Haere Mai, une petite anecdote ressort : dans le coin inférieur droit du tableau, Gauguin a inscrit « haere mai », « viens ici » en tahitien, ce qui ne fait pas vraiment de sens, mais révèle bien l’entreprise du peintre, qui veille à faire ressortir le côté exotique et mystérieux de ses toiles.

Paul Gauguin, Dans la vanillère, homme et cheval, 1891, 73 × 92 cm, huile sur toile, Musée Solomon R. Guggenheim, New York.

Paul Gauguin, Dans la vanillère, homme et cheval, 1891, 73 × 92 cm, huile sur toile, Musée Solomon R. Guggenheim, New York.

Le site du fameux musée vaut le détour, pour gagner quelques connaissances précises en peu de temps (à part, pour certains, pour le déchiffrage), ainsi que pour le plaisir de naviguer de page en page, à la découverte des courants liés à l’artiste (voire les tags sur le Symbolisme, etc.).
Mais pourtant, il nous a fallu du temps avant de découvrir l’existence de ces articles, car le site du Guggenheim n’apparaît pas dans les premières pages de recherche google, malgré leur prédilection apparente pour les mots-clés. Ainsi, c’est la très pratique base de données en ligne Artcyclopedia, qui effectue le travail de recherche à notre place, en partie. En effet, le site, qui répertorie plus de 2 300 sites d’art, nous indique une liste de sites en rapport avec le sujet tapé. Malgré son manque d’esthétisme flagrant, il n’en demeure pas moins bien organisé : selon les artistes, les mouvements, les sujets, la nature du site, etc. « Au nom de la lisibilité », le site organise ensuite notre recherche en sous-catégories : musée, marché de l’art, archives d’images, sites divers, articles, livres, galeries.
En ce qui nous concerne, c’est avant tout les musées qui vont nous intéresser, car les articles ne traitent pas de notre sujet et les liens sont souvent morts. Autre point négatif : le Primitivisme n’apparaît pas du tout comme résultat dans le moteur de recherche…
Il faut donc, à partir des noms de musées, se mettre à fouiller sur leurs sites à la chasse aux informations.

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Gauguin – Tahiti, l’atelier des Tropiques

(Couverture du Catalogue d’Exposition)

Du 3 octobre 2003 au 19 janvier 2004 se déroulait, dans Galeries nationales du Grand Palais de Paris, l’exposition « Gauguin – Tahiti, l’atelier des Tropiques ».

Cent ans plus tôt, le 8 mai 1903, Gauguin mourrait chez lui aux Iles Marquises. Rendre hommage à l’artiste et regrouper des œuvres conservées dans les musées du monde entier, tels étaient les objectifs premiers de cet évènement. Et ils furent largement atteints, puisque l’exposition est parvenue à regrouper deux cent vingt pièces appartenant à toutes sortes de collections, provenant d’Europe, des Etats-Unis, de Russie ou encore du Japon. Peintures, sculptures, dessins, aquarelles, gravures, mais aussi ses manuscrits… Tout a été réuni pour représenter au mieux, les questionnements et productions artistiques de Gauguin. La sélection des œuvres s’est concentrée sur les deux séjours de l’artiste dans le Pacifique (Tahiti et les Iles Marquises) ainsi que sur sa toile manifeste D’où venons-nous ? Que sommes–nous ? Où allons-nous ? (Boston, Museum of Fine Arts), que nous avons déjà abordée dans l’un de nos précédents articles, et qui fut traitée comme le « centre » même de l’exposition.

Au sujet de cette exposition, un article intitulé «  Gauguin et Tahiti », tiré du magazine Art Tribal, a entièrement été numérisé puis diffusé via le site des Editions D. Comme elles l’expliquent dans leur présentation, que l’on trouve sur le site : « Les Editions D sont actives dans le domaine de l’ethnologie, de l’anthropologie, des arts primitifs, des voyages et de la photographie. ». Notre sujet étant en rapport avec les arts primitifs, d’autres sciences humaines telles que l’anthropologie, ce site des éditions D se retrouve particulièrement intéressant dans le sens où il met à notre disposition toutes sortes de contenus, qui à la base sont publiés en version papier : albums, catalogues, magazines… Elles publient également « des ouvrages illustrés et, jusqu’à récemment, un magazine international: Art Tribal » auquel nous nous intéresserons ici.

Le site des EditionsD présente les ouvrages récemment publiés ainsi que les magazines dans des rubriques accessibles dès la page d’accueil. Chaque livre/magazine est décrit dans son ensemble puis, parfois, rattaché à des articles de presse numérisés. L’interface est claire, intuitive… On y navigue avec aisance et plaisir, pour y découvrir un contenu diversifié et enrichissant toujours en rapport avec les disciplines et domaines que nous avons évoqué ci-dessus.

Magazine récent, Art Tribal est le premier trimestriel à être uniquement consacré aux cultures africaines, asiatiques, américaines et d’Océanie. Certains de ses articles sont consultables sur le site des Editions D sous forme de PDF, nous offrant ainsi, en plus d’un accès libre aux contenus en question, une qualité de lecture remarquable aussi bien pour les textes que pour les illustrations qui les accompagnent.

L’article « Gauguin et Tahiti » est issu de l’exemplaire Art Tribal 03, ÉTÉ AUTOMNE 2003. Il a été rédigé par Philippe PELTIER, conservateur au musée du quai Branly et responsable de l’unité patrimoniale Océanie-Insulinde. Il a été le commissaire de nombreuses expositions dans ce musée et possède une formation d’ethnologue et d’historien d’art. On sait, dès lors, que cette ressource est de nature « sûre ».

Le document a été publié pour présenter l’exposition avant son ouverture au public. Il comporte un écrit relativement biographique expliquant au lecteur de quelle manière Gauguin s’est retrouvé à Tahiti puis aux Marquises et dans quels contextes (politique, social, historique, etc.), ainsi que ce qu’il a trouvé et fait là-bas… En parallèle, on remarque et on apprécie la présence d’œuvres de Gauguin (légendées et parfois commentées) qui allaient constituer l’exposition et qui illustrent le propos du conservateur. Mais ce que l’on apprécie davantage encore est la confrontation avec d’autres documents et œuvres (photographies des populations indigènes, objets traditionnels tels que des statuettes, des plats ou encore des bijoux…), non signées par la main de l’artiste, mais qui nous montrent l’univers dans lequel il était plongé et qui l’a largement inspiré dans sa production personnelle.

Garantie du contenu produit par un conservateur et historien de l’art, rapport avec le Primitivisme chez Gauguin explicité au travers de l’écrit comme des illustrations, accès libre (gratuit) à un article de magazine… Autant d’avantages qui font de cette ressource numérique un apport sérieux et conséquent que l’on n’hésite pas à privilégier dans nos recherches !

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Les identités géographiques de Gauguin

Paul GAUGUIN, Autoportrait, 1896, huile sur toile,Museu de Arte Brasileira, São Paulo, Brésil.

Paul GAUGUIN, Autoportrait, 1896, huile sur toile, Museu de Arte Brasileira, São Paulo, Brésil.

Le portail Persée est une bibliothèque en ligne et en libre accès de revues scientifiques françaises en sciences humaines et sociales, créée par le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et mise en ligne dès 2005. On y trouve plus de 350 000 documents, soit la plus vaste ressource d’articles de sciences humaines et sociales numérisés.
L’article L’exote, l’oviri, l’exilé : les singulières identités géographiques de Paul Gauguin de Jean-François Staszak y figure, et nous propose une nouvelle approche de l’art et de la personnalité de l’artiste : celle de la géographie. Son auteur est un géographe français, ancien maître de conférences à l’Université Paris I de Paris et actuellement en tête du département de géographie de l’Université de Genève. Il est également l’auteur de deux ouvrages sur Gauguin : Gauguin voyageur. Du Pérou aux îles Marquises, publié en 2006 aux éditions Solar/Géo, Paris, et Géographies de Gauguin, publié en 2003 chez Bréal, Paris, sur lesquels nous reviendrons.

Cet article de 21 pages, dont la version numérisée nous est offerte par Persée, est originellement publiée dans les Annales de Géographies de 2004, n°638-639.
La présentation simple voire simpliste du site de Persée cache un utilitarisme que l’on découvre rapidement. En tapant ses mots-clés, l’internaute tombe directement sur une liste exhaustive d’articles numérisés concernant son sujet, chacun étant accompagné de notices précises (revue dont il est tiré, numéro, pages), parfois même en hyperlien, pour mener vers d’autres articles, du même auteur par exemple.

J-F Staszak résume son entreprise dès la première page, à savoir l’étude des identités géographiques de Gauguin, qui s’est détaché d’un territoire pour aspirer à l’ailleurs, dans une « quête identitaire ».
Cette étude géographique des démarches du peintre nous donne un nouveau point de vue, de type scientifique, concernant son intérêt pour l’exotisme et les cultures dites « primitives ».

Dans son introduction, il explicite sa démarche et explique les différences de son approche avec les hypothèses jusqu’alors établies par les géographes au sujet des identités territoriales. Son positionnement s’articule autour de trois points :

  • L’identité comme représentation de soi même et comme fait subjectif
  • La prise en considération des comportements et des représentations sociales des acteurs
  • Le doute au sujet du territoire et de son rôle territorial.

Pourquoi Gauguin ? En tant qu’artiste, il exprime dans son œuvre ses « mondes intérieurs », mais assume aussi entièrement la composante géographique qui rythme son parcours et son art.

L’article de J-F Staszak est organisé en 5 chapitres thématiques:

  • Chapitre 1er : L’aspiration de Gauguin à l’autre et à l’ailleurs.
    Après un petit inventaire des voyages du peintre, il tente d’examiner son identité géographique complexe et instable, à travers les faits, ses correspondances, ses écrits et son œuvre plastique. Il en conclut qu’ « exotisme, primitivisme et quête intérieure sont donc mêlés dans son projet géographique. » (p.370)
  • 2nd Chapitre : Une invitation au voyage dans l’air du temps.
    Le projet de Gauguin s’ancre dans « l’antimodernisme fin-de-siècle », qui recherche dans l’ailleurs des voies alternatives aux canons de l’époque. Gauguin serait nourri par la culture de son temps dont la tendance est d’aller puiser dans un autre imaginaire, avec les figures du Sauvage et de l’Oriental(e). Staszak définit ensuite l’identité historique et temporelle de Gauguin.
  • Chapitre 3 : Tahiti : l’exotique et l’exil.
    Dans son projet, Gauguin ne chercherait pas à se transformer, mais à se redécouvrir, ce qu’il ne peut pas faire en Occident. Le géographe précise également le comportement de « colon » du peintre, même s’il tente de faire croire qu’il est devenu maori. Son but, dans la quête de l’ailleurs, est de se singulariser et de renouveler son œuvre.
  • Chapitre 4 : Gauguin oviri ou exote ?
    L’auteur explique ici en quoi Gauguin se croit « sauvage », selon sa propre entente du terme complexe d’ « oviri ». Mais malgré cela, il reste occidental : « Le primitiviste n’est pas un peintre primitif, mais bien un artiste occidental. »
  • Chapitre 5 : Les Marquises : « le civilisé et le barbare en présence ».
    L’attitude de Gauguin aux Marquises évolue, et il lutte ouvertement contre le pouvoir colonial et défend les indigènes. Serait-ce un signe de changement dans son identité géographique ? Aux Marquises, la quête de Gauguin ne s’interprète plus comme « consommation de l’autre et de l’ailleurs ».

J-F Staszac conclut clairement et efficacement en définissant l’identité géographique de Gauguin comme étant à la fois individuelle et collective. Le peintre parvient à tirer profit de sa représentation géographique pour créer une œuvre singulière et originale, malgré la vision banale de l’exotique.

Cet article est très intéressant, à plusieurs niveaux. Non seulement il est très documenté, avec des sources précises, des citations tirées de correspondances ou d’écrits critiques, ainsi que des données historiques (dates, etc.), mais il a aussi l’avantage de proposer une approche quasi-scientifique du parcours de Gauguin et d’expliquer la notion de « primitivisme » sous le spectre de la représentation géographique de l’artiste et de son temps. Avec Persée, plus besoin de perdre son temps à fouiller dans les revues et magazines de bibliothèque ; même les articles de sciences humaines et sociales plus spécialisés y figurent ! Mais il faut cependant avouer qu’à propos de Gauguin, une version « histoire de l’art » de Persée serait idéale…

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L’importance des natures mortes de Paul Gauguin dans son oeuvre et dans le primitivisme

JSTOR (contraction de Journal Storage) est un système d’archivage en ligne de publications universitaires et scientifiques. Il fut créé en 1995 et il est aujourd’hui une société américaine à but non lucratif  basée à New York. Il est accessible via Domino pour les étudiants et enseignant-chercheurs de la plupart des universités. Cette plateforme est d’une grande utilité car elle regroupe un grand nombre de publications universitaires et scientifiques. Malgré la quantité de son contenu, il reste très fonctionnel.

Ainsi,  sa page de présentation est très simple et épurée. Elle contient plusieurs onglets en anglais : « Jstor home » qui donne accès à une barre de recherche, « search » qui permet de choisir ses modalités de recherches comme « recherche avancées » ou « new beta search ». Elle contient encore un onglet « browse » permettant d’organiser les résultats par sujets, titres ou auteurs. Enfin, un onglet « my Jstor »  permet de gérer un compte. De plus, dans la colonne de Gauche, un menu déroulant permet de revenir à nos récentes recherches.

Ainsi, en tapant « Gauguin primitivisme » dans la barre de recherche, de nombreux résultats apparaissent notamment en anglais, français et italiens. Ils sont organisés de manière pratique : en haut est affiché le nombre global de résultats. Plusieur onglets permettent d’organiser le résultat de cette recherche tels que « all results », « journal », « book », « pamphlets » qui permettent de ne consulter que certains types de documents tels que les journaux ou livres uniquement. Ces propositions de mode de tri permettent aussi de classer les résultats par exemple, du plus vieux au plus récent. Ainsi, de nombreux outils sont proposés pour faciliter notre recherche.

Cependant, un inconvénient demeure : face aux résultats de la recherche, les titres des ouvrages et articles en rapport avec notre sujet s’affichent accompagnés du nom de l’auteur, du titre de l’ouvrage mais aucun résumé du contenu n’est fourni. Le lecteur ne peut se fier qu’au seul titre proposé, il est donc difficile de juger au premier regard de la pertinence du contenu.

Au sein de la liste de résultats, un article attire particulièrement notre attention, La nature morte et Gauguin : une production picturale méconnue par Béatrice Lovis.Image

En effet, Gauguin est surtout connu pour ses nus et ses représentations de femmes exotiques, il est donc fort intéressant de constater qu’ il s’est aussi intéressé au genre de la nature morte. Nous pourrions aussi nous interroger sur la qualité de la source : Béatrice Lovis est une assistante diplômée de l’université de Lausanne dans le domaine des Arts. Elle participe également à l’organisation de nombreux évènements culturels entant que conservatrice du musée (Musée international de la Réforme à Genève) ou comme administratrice de manifestations. Il est donc légitime qu’elle écrive ce type d’articles.

L’article (téléchargeable en format PDF) décrit le cheminement de l’artiste et les divers rencontres ayant influencé son goût pour la nature morte avant qu’il ne devienne le « sauvage » qu’il souhaitait être. Il parle ainsi de l’influence de son ami Camille Pissaro au sein de ses œuvres. Mais il explique notamment que « l’âge d’or de la nature morte » se trouve durant sa période bretonne. Ainsi un quart de ses toiles sur les 200 peintes entre juillet 1886 et fin 1890 est consacré à ce genre. Cela correspond à l’éclosion du style propre à l’artiste, à sa découverte du synthétisme et au début de sa quête concernant le primitivisme. Ce travail sur les natures mortes inspirera d’ailleurs les Nabis et les fauves.

Ainsi, l’auteur nous explique que les natures mortes deviendront son laboratoire formel et nous donne ainsi comme exemple la Fête de Gloannec de 1888. Gauguin applique ses nouvelles réflexions artistiques (aplats de couleurs saturées, refus de la perspective) en 1er lieu dans le genre de la nature morte avant de se lancer dans la figure. Cette démarche le rapproche d’ailleurs de Renoir, peintre qu’il admirait. Il dit d’ailleurs : « Quand je peins des fleurs, je pose des tons, j’essaie des valeurs hardiment, sans souci de perdre une toile. Je n’oserais pas le faire avec une figure, dans la crainte de tout gâter. Et I ‘expérience que je retire de ces essais, je I ‘applique ensuite a mes tableaux».

Mais l’artiste aspire à de plus en plus à la « sauvagerie » ce qui se traduit dans sa peintre par une adéquation du style et du sujet, tout deux inspirés des arts primitifs. On assiste ici au début de cette quête du primitivisme que poursuivra Gauguin tout au long de sa vie.

En outre, ses Natures mortes se dotent peu à peu de messages ambigus et hermétiques qui échappent souvent au spectateur non initié : Elles s’apparentent souvent à des méditations mélancoliques sur la faute originelle, Les fruits ou le portrait de Meyer Haan sont de vraies natures mortes « symbolistes ». On assiste aussi en parallèle au développement de l’engouement des arts primitifs en occident dans les musées français (Ainsi, le Trocadéro à Paris, le musée d’Arts persan, khmer, égyptiens, précolombien est créé…) qui favorise également le développement du primitivisme.

Gauguin prend l’habitude de juxtaposer divers influences dans une même toile. Il conseille d’ailleurs à Manfreid de Tahiti, en 1898 : « Ayez toujours devant vous les Persans, les cambodgiens et un peu d’Egyptien ». Certains critiques tels que Maurice Denis confèrent d’ailleurs à son art une dimension sacrée, quasi religieuse.

Il écrivit également à Bernard en avril 1890 que « L’avenir est aux peintres des tropiques qui n’ont pas été encore peins et il faut du nouveau comme motifs pour le public, stupide acheteur ». Mais les nouveaux motifs tant espérés coïncideront avec le désintérêt pour le genre de la nature morte qui cède le pas aux paysages et aux compositions à figures. Les natures mortes présentent au final près de un cinquième de la production picturale de Gauguin.

Mais cet engouement pour la nature morte va décliner progressivement : de 1873 à 1890 l’artiste peint environ 100 natures mortes sur 400 toiles. De 1891 à 1903, seulement 30 natures mortes sur 230 toiles environ. Cette dernière période correspond à ses voyages à Tahiti et aux îles Marquises. Ce désintérêt de l’artiste pour la nature morte se manifeste aussi dans sa correspondance à Antoine Vollard  dans une lettre au début de 1900 : «Vous me parlez de fleurs peintes, je ne sais vraiment pas lesquelles malgré le petit nombre que j’en fais: et cela tient (comme vous avez pu le voir sans doute) que je ne suis pas un peintre d’après nature – aujourd’hui moins qu’avant. Tout chez moi se passe en ma folle imagination. Et quand je suis fatigue de faire des figures (ma prédilection) je commence une nature morte que je termine d’ailleurs sans modèle. Puis ici, ce n’est vraiment pas le pays des fleurs». Malgré ce déclin, le choix des sujets de Gauguin, montre son entrée dans le primitivisme dans  les natures mortes également.

Au travers de nombreuses analyses d’œuvres telles que celle du Christ Jaune ou de la Nature morte aux trois petits chiens (1888, hsb, 92×62,5cm, New York, Moma), l’auteur nous explique que la nature morte chez Gauguin n’est pas un moyen de copier la réalité, mais l’occasion de la transfigurer. Ainsi, de son premier séjour à Tahiti, seules 6 natures mortes dont 3 hybrides nous sont parvenues. Elles révèlent un primitivisme autochtone qui se substitue aux influences péruviennes et japonaises. Gauguin insère dans ses toiles de nouveaux motifs : fruits exotiques choisis pour leurs formes décoratives et leurs couleurs flamboyantes. Cela est par exemple visible dans sa nature morte intitulée les Bananes.

De son deuxième séjour en Polynésie, nous reviennent 15 natures mortes. La plupart se caractérisent par un retour nostalgique aux racines. En outre, sentant la mort approcher, Gauguin renoue avec l’iconographie de la Vanité. La nature morte aux oiseaux exotiques est un testament artistique où vie et mort s’enchevêtrent.

Les natures mortes de Paul Gauguin peuvent donc être vues comme une synthèse de son parcours artistique. Elles renouent avec le motif traditionnel de la table chargée de fruit, de fleur et de gibier. Elles montrent également l’intérêt de Gauguin pour ce genre tout au long de son parcours –malgré un certain déclin à partir des années 1890- également dans ses œuvres dites primitivistes. Ce genre pourtant peu connu de l’artiste est donc d’une grande importance dans le développement de son style.

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