Archives de Tag: Oeuvres

Musée des beaux-arts de Lyon

Lyon

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon, fondé en 1801, détient en tout 2000 peintures dont 700 sont exposées au public, et parmi lesquelles apparaît, avec d’autres Impressionnistes, Paul Gauguin. Sans pour autant égaler le musée Thyssen-Bornemisza, son site est très bien organisé (plus clair que celui du MoMA) et fournit beaucoup de renseignements à l’internaute. Dans l’onglet « musée », nous avons accès à des informations à propos de sa fondation, de son histoire, et du bâtiment lui-même. Une visite virtuelle est proposée, mais elle s’avère décevante : il ne s’agit que d’une animation en 3D avec un tour panoramique de la cour intérieure. En revanche, les visites 360° sont plus intéressantes, car on a accès directement aux salles, avec la possibilité de faire des zooms modérés sur les œuvres. Dans la salle des Impressionnistes, on retrouve notre cher Gauguin avec son tableau Nave Nave Mahana de 1896. En cliquant sur le cadre, la notice s’affiche, ce qui marque un petit plus pour l’aspect interactif. Mais petit moins : le lien « + d’infos? » ne fonctionne pas, ou est mort. Pour accéder à la fiche de l’œuvre, il faut faire un petit détour par l’onglet « collection » du site, dans la catégorie « peintures ». Ici, le musée présente une sélection d’œuvres assez considérable, de Lucas Cranach à Francis Bacon, en passant par Ingres et Boucher.

Ainsi, nous avons accès à la reproduction de Nave Nave Mahana, avec une notice complète, des détails zoomés du tableau, et un petit commentaire de l’œuvre. Les 3 paragraphes du texte correspondent à la description, l’analyse thématique et l’histoire du tableau au sein du musée. Bien que le commentaire aie l’avantage d’être clair et concis, il reste peu édifiant. C’est alors que la petite case « en savoir + » vaut d’y faire un petit détour. Un petit texte retrace brièvement l’histoire de Gauguin à Tahiti, en soulignant la différence entre le premier séjour, « temps de l’éblouissement« , et le second, temps « de la solitude, de la maladie et de la dépression ».
Le site propose également un extrait (d’une minute 39) de l’audioguide à propos de l’œuvre, ce que peu de musées font. En un premier temps, nous avons à nouveau une description, plus creusée, de la scène et des couleurs. L’accent est mis sur l’aspect primitif de l’œuvre, rendu par l’immobilisme, la monumentalité des figures, la stylisation des formes et le rythme des éléments en frise. Ensuite, une voix d’homme lit un extrait du journal de Gauguin à propos de sa toile, dont il voulait que l’atmosphère soit « grave, comme une évocation religieuse ». À nouveau, on insiste sur l’écart entre la représentation paradisiaque et l’atmosphère réelle dégagée par les figures. On apprend à la fin que le musée de Lyon en fait l’acquisition en 1913, et qu’il s’agit alors de sa première œuvre achetée par un musée français.

Le musée des beaux-arts de Lyon s’avère généreux : il offre un aperçu et un commentaire de ses chefs d’œuvre, ce qui nous permet d’avoir accès de façon facile et agréable à ce très beau tableau de Gauguin, représentatif de son style primitif mais aussi de son état intérieur.

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Fan de Gauguin

Gauguin fan est un blog personnel sur Blogspot, site tout aussi facile d’exploitation que WordPress, bien que plus simple d’apparence. Il propose, en sous-titre, une « étude de la personnalité, de la motivation et de l’art de Paul Gauguin ». Étant donné le titre et les ambitions posées, nos espérances sont grandes, mais le résultat est moins convaincant.
Commençons par l’organisation visuelle du blog. Premièrement, nous remarquons l’absence de pages, ce qui empêche à l’internaute de s’orienter plus facilement sur l’interface. L’auteur a organisé (assez maladroitement), des catégories pour trier ses articles et ses onglets : dans « Image Sources », il précise l’origine des images, ce qui est toujours bienvenu, dans « Italian Art », qui est complètement hors-sujet, on retrouve néanmoins une version numérique de l’ouvrage Noa-Noa en anglais, dans les archives de « Mars 2007 » sont regroupées les commentaires d’œuvres concernant sa période primitiviste, et dans les archives de « Février 2007 », quelques commentaires d’œuvres symbolistes. Les articles sont par ailleurs classés en ordre chronologique, du plus ancien au plus récent (de 1886 à 1896).
Le blog offre ainsi de n0mbreux commentaires d’œuvres, toujours en anglais. Les images sont jointes, mais aucune légende précise n’est ajoutée. De plus, en dehors du manque d’informations à propos de l’auteur du blog, ce mystérieux inconnu ne cite aucune de ses sources, ce qui questionne la fiabilité de ses propos, qui ne sont pourtant pas inintéressants.
En effet, en dehors de ces nombreux bémols, le blog est intéressant sur plusieurs points. Pour chaque œuvre, nous avons le droit à une petite mise en contexte, avec soit des renseignements biographiques sur Gauguin, ou alors des informations d’ordre esthétique, concernant ses techniques picturales. Par exemple, si l’on en croit ses dires, nous apprenons que Gauguin était mécontent de son tableau Ta Matete de 1892. À plusieurs reprises, nous retrouvons la critique assez commune de l’emploi de stéréotypes et d’idéalisations par Gauguin, mais elles ne sont que brièvement évoquées, et parfois récusées. Il mentionne aussi souvent l’emploi du synthétisme dans les œuvres primitives de Gauguin, ce qui est une bonne remarque. Les œuvres sont décrites un peu à la va-vite, sans analyse picturale poussée, ce qui est un peu dommage, et souvent le lien entre le contexte biographique et les éléments picturaux sont un peu précipités. Par exemple concernant Eiaha Ohipa (Ne pas travailler), il établit un lien direct entre l’acceptation de Gauguin de son échec matériel et son retour à des sujets plus simples et moins idéalisés. Cela ne veut pas dire que le rapprochement est fallacieux, simplement le lecteur voudrait éventuellement avoir plus d’informations à ce sujet.

Malgré l’organisation maladroite du blog, les articles restent intéressants pour l’internaute qui veut découvrir les œuvres de Gauguin sans avoir trop d’informations. Cependant, les commentaires, qui restent judicieux, mériteraient d’être complétés de sources ou d’autres indications pour le lecteur, car il reste ici dans le superficiel. Un vrai « fan » de Gauguin aurait sans doute fait une étude plus approfondie de son peintre favori !

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Un court- métrage d’Alain Resnais sur Paul Gauguin

Capture d'écran Dailymotion

Dailymotion est une entreprise d’origine française offrant un service d’hébergement, de partage et de visionnage de vidéos en ligne. Il s’agit actuellement du 31ème site le plus fréquenté au monde avec 116 millions de visiteurs par mois. Site sur lequel, moyennant la création d’un compte, tout internaute peut ajouter du contenu. Il peut donc s’agir d’une riche source d’informations pour notre recherche…Outre sa barre de recherche, le site propose aussi une page d’accueil proposant des vidéos classées par rubriques (« humour », « sport », « musique »…) à l’adresse des curieux.

Dans le but d’une recherche précise, grâce à sa barre de recherche pratique et directement accessible ce site nous offre une sélection de vidéo relatives à Gauguin ou à son œuvre. Mais il s’agit de manières générales de citations.

Il nous propose aussi un court métrage d’une douzaine de minutes (12’31 mn) d’Alain Resnais, simplement intitulé Alain Resnais- Paul Gauguin qui relate la vie du peintre, le tout illustré par son œuvre. Ce cours métrage est produit par Cinédis, sur une musique de Darius Milhaud, la voix off étant interprétée par Jean Servais (célèbre acteur belge)  et sur un texte en grande partie fondé sur des citations du peintre. Malgré le fait que ce documentaire en noir et blanc semble daté de la fin des années 50, aucune date n’est disponible et il est donc impossible de le situer précisément dans le temps.

La première partie du film raconte la rupture de Paul Gauguin avec sa vie, abandonnant Paris et son foyer pour la peinture. Il connait alors la faim, le froid, la solitude et vit dans la pauvreté. Cette misère est un empêchement au travail. Il désir ardemment fuir Paris un « Désert quand on est pauvre ».

Il part donc se réfugier à Pont Aven en Bretagne, en bord de mer (deuxième partie du documentaire). Il y vie à la manière des paysans, sous le nom de « Sauvage ». Il y découvre « le Sauvage et le primitif ». Il se plait d’abord profondément en Bretagne et développe un style animé et vivant. Mais il se sent poursuivi par sa vie Parisienne au point de le décourage de peindre… Cette partie s’achève sur une explication du Christ Jaune en Croixpeint en1889. Cette peinture est –comme nous avons pu l’expliquer précédemment- le symbole du sacrifice « inutile » qu’il a pu faire de sa vie. Cette œuvre est donc encore une fois interprétée au regard de sa biographie. Lassé de cette vie Bretonne, il décide de partir vivre sur une île en Océanie vivre de « Calme et d’Art ».

La 3ème partie du documentaire relate son arrivée à Tahiti après 763 jours de trajet en bateau. Il effectue une description idyllique et paradisiaque de son cadre de vie, sa case étant située entre montagne et mer. Ce propos est appuyé par des peintures de plus en plus primitives. Il est véritablement amoureux de l’île, vit entouré de sa « race la plus belle du monde » et s’adonne à une vie d’oisiveté et rend grâce à la beauté des tahitiennes. Ces paroles sont illustrées de nombreuses peintures de vahinés valorisant leurs visages souriants et leur grâce. Il loue leur amour de la vie en expliquant qu’elles ne vivent que pour le plaisir (vision qui traduirait selon nous un archétype de l’époque).

« Elles chantent l’amour qu’elles invitent et qui va venir avec la nuit ».

Gauguin évoque aussi les grandes peurs : peurs sacrées, religieuses, de la Mort, émanant des grandes forces de la Nature (ces paroles sont illustrées de peintures de vestiges archéologiques de figures sacrées). Cette peur est clairement soulignée par la musique et les reproductions de peintures.

Enfin, la quatrième partie relate l’amertume du peintre quant à sont choix de cette vie à Tahiti « Folle et triste aventure ». Il vie désormais dans la vieillesse, misère, maladie et souffrances qui le conduisent à ne plus pouvoir peindre, à regretter femme et enfants. Selon ce documentaire, il souhaite désormais la mort. Le documentaire semble sous entendre que le peintre était nostalgique de la France et de la Bretagne. Gauguin serait mort laissant un tableau de la Bretagne sous la neige inachevé, le 8 mai 1903. Selon ce récit Gauguin  serait mort seul, abandonné de tous et dans le regret de cette vie gâchée.

Cette vidéo fort intéressante par son ancienneté et par l’illustre réputation de son réalisateur reste tout de même à relativiser quant aux informations qu’elle apporte. En effet, malgré les citations du peintre utilisées, elle ne dévoile que partiellement la vie de Gauguin faisant l’impasse sur sa de marin, au Danemark, sa vie de peintre à Arles et surtout dans les îles marquises où il décèdera. Sa Biographie est donc vraiment résumée au détriment de nombreux éléments importants. Cependant, cette vidéo est un véritable témoignage de son époque, notamment quant à son accent tragique et la musique d’influence expressionniste choisie qui en font en grande partie le charme.

L’autre élément appréciable –malgré le noir et blanc- réside dans le choix des toiles choisies pour illustrer le propos ainsi que dans les gros plans effectués sur des détails des œuvres.

Il s’agit donc d’un documentaire d’époque appréciable. Cela est aussi un avantage du site Dailymotion qui malgré les inconvénients que peuvent représenter le fait que tout internaute puisse publier du contenu, permet aussi l’accès à des documents d’archives rares. Cela permet à l’internaute d’avoir accès à une riche mine d’information depuis chez lui ce qui n’aurait jamais été possible sans cet outil…

 

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Le musée Solomon R. Guggenheim

guggenheim

Le musée Guggenheim de New York est probablement le plus connu des différents musées d’art moderne crées par la fondation Solomon R. Guggenheim. Parmi les nombreux artistes présents dans ses fonds se trouve, évidemment, Gauguin.
Comparons un instant le site de ce musée avec celui d’un autre grand musée d’art moderne New-Yorkais: le MoMA, déjà étudié dans un article ultérieur. Ils ont en commun un grand avantage, contrairement à d’autres sites tels que celui du Centre Pompidou, celui de proposer une grande partie numérisée de leur collection, ainsi que le répertoire complet de leurs expositions passées. Si le Guggenheim se contente d’une courte description surplombée d’une image, celui du MoMA, comme nous l’avons déjà vu, accompagne souvent la description de l’exposition d’une page à part entière qui reprend l’exposition, ce qui est bien sûr une chance immense pour l’internaute qui n’a pas pu se rendre à New York pour l’occasion, d’autant plus que les pages sont interactives et que le thème esthétique de leur interface est recherché et lié au sujet. De plus, le Guggenheim n’offre pas de biographie d’artiste aussi longue que le MoMA, ni de diaporama aussi complet. Quel reste alors l’avantage propre au site du Guggenheim ? Son interface est plus claire et lisible que celle du MoMA, où les fenêtres glissent et les onglets et barres de recherches foisonnent. Si les informations sont moins fournies, elles sont mieux classées (par artiste, par période, par médium et par courant) et plus agréables à lire. Il ne faut pas sous-estimer le poids de la collection numérique proposée par le Guggenheim, qui se flatte de montrer plus de 1100 œuvres de 450 artistes différents, ce qui est considérable.
Ainsi, en tapant dans la barre de recherche de l’onglet « Collection », l’internaute se retrouve sur une page avec deux paysages du peintre : Haere Mai (1891) et Dans la vanillère, homme et cheval (1891). Évidemment, il ne faut pas s’arrêter là. En cliquant sur les images, nous avons accès à un article très intéressant au sujet de ces deux œuvres, rédigé par Nancy Spector, chef-curatrice du musée. Ce texte, bien qu’il soit écrit en anglais, est très clair et dit l’essentiel en deux paragraphes. Il nous concerne tout particulièrement dans la mesure où il traite des scènes de paysages de Gauguin en lien direct avec le Primitivisme, concept sur lequel nous avons plus de détails dans un autre article, par un lien hypertexte. Bien que ce dernier ne nous apprenne rien de nouveau sur ce courant de pensée, il reste intéressant par sa densité : le plus important y est dit, en peu de mots. Cela permet également d’observer à quel point le site est bien mené, en laissant le visiteur virtuel se balader de tags en tags et de liens en liens, par exemple concernant les artistes expressionnistes inspirés par l’art « primitif ».
Retournons au premier article… En comparant le commentaire au tableau, on s’aperçoit en effet du caractère imaginaire voire idyllique de ses paysages, ce qui est propre à la volonté des artistes « primitifs » de mêler mythes et réalité à travers des éléments plastiques forts. Ici, ce qui ressort, c’est la simplicité des formes et le contraste des couleurs vives qui ressortent, ce qui fait penser à une tapisserie. Au sujet d’Haere Mai, une petite anecdote ressort : dans le coin inférieur droit du tableau, Gauguin a inscrit « haere mai », « viens ici » en tahitien, ce qui ne fait pas vraiment de sens, mais révèle bien l’entreprise du peintre, qui veille à faire ressortir le côté exotique et mystérieux de ses toiles.

Paul Gauguin, Dans la vanillère, homme et cheval, 1891, 73 × 92 cm, huile sur toile, Musée Solomon R. Guggenheim, New York.

Paul Gauguin, Dans la vanillère, homme et cheval, 1891, 73 × 92 cm, huile sur toile, Musée Solomon R. Guggenheim, New York.

Le site du fameux musée vaut le détour, pour gagner quelques connaissances précises en peu de temps (à part, pour certains, pour le déchiffrage), ainsi que pour le plaisir de naviguer de page en page, à la découverte des courants liés à l’artiste (voire les tags sur le Symbolisme, etc.).
Mais pourtant, il nous a fallu du temps avant de découvrir l’existence de ces articles, car le site du Guggenheim n’apparaît pas dans les premières pages de recherche google, malgré leur prédilection apparente pour les mots-clés. Ainsi, c’est la très pratique base de données en ligne Artcyclopedia, qui effectue le travail de recherche à notre place, en partie. En effet, le site, qui répertorie plus de 2 300 sites d’art, nous indique une liste de sites en rapport avec le sujet tapé. Malgré son manque d’esthétisme flagrant, il n’en demeure pas moins bien organisé : selon les artistes, les mouvements, les sujets, la nature du site, etc. « Au nom de la lisibilité », le site organise ensuite notre recherche en sous-catégories : musée, marché de l’art, archives d’images, sites divers, articles, livres, galeries.
En ce qui nous concerne, c’est avant tout les musées qui vont nous intéresser, car les articles ne traitent pas de notre sujet et les liens sont souvent morts. Autre point négatif : le Primitivisme n’apparaît pas du tout comme résultat dans le moteur de recherche…
Il faut donc, à partir des noms de musées, se mettre à fouiller sur leurs sites à la chasse aux informations.

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Sculpture primitive : l’expression de « ce malgré moi de sauvage »

Dans la liste des œuvres commentées disponible sur le site du Musée d’Orsay, se trouvent quelques explications d’objets dont on ignore souvent l’existence au profit de ses peintures : les sculptures de Gauguin. Ce type de ressources constituait donc un contenu idéal pour que nous en parlions à notre tour, enfin !

(Nous ne reviendrons pas sur le site du Musée en lui-même, étant donné que nous l’avons commenté précédemment et que peu de critiques à son sujet peuvent être faites, ou selon nous du moins…)

Revenons aux œuvres…

Bas-reliefs sculptés et statuettes de bois ou de pierre… En effet, ce ne sont pas les premières images qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on évoque le célébrissime Paul Gauguin. Pourtant, ces objets constituent des pièces tout aussi importantes que les peintures et autres productions graphiques de l’artiste, puisqu’elles révèlent aussi son intérêt profond pour les populations du Pacifique et leurs croyances mystiques souvent complexes.

Gauguin était sans cesse à la recherche de davantage de mysticisme et de traditions, qu’il retranscrivait dans ses œuvres sous forme de symboles et au travers d’une « naïveté plastique » presque rudimentaire, archaïque. Si l’on comprend aisément qu’en peinture, tout ceci se traduit par une perte de la perspective et du dessin académique, par l’emploi de couleurs vives parfois inappropriées aux éléments pour lesquels le peintre les choisissait (combien de fois lui a-t-on reproché des chevaux ou des chiens « trop verts » ?)… En sculpture, il est question de plus de « sauvage » encore, d’autant plus que Gauguin ne possède aucune formation dans ce domaine. Expression, création et découverte sont de mise. En taillant directement les supports, à l’aide d’un simple couteau ou de ciseaux, Gauguin livrait des panneaux décoratifs rayonnants par leur simplicité et leur franchise (tant stylistique que morale), des cadres historiés symboliques et personnels, des bas-reliefs colorés qui dévoilent l’intimité mystérieuse et charnelle des Tahitiennes… Mais aussi des statuettes étranges, souvent qualifiées de « bibelots », car non saisies dans leurs significations et invendables.

Prenons l’Idole à la coquille

Paul Gauguin,Idole à la coquille,© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Gérard Blot

Paul Gauguin (1848-1903)
Idole à la coquille
Entre 1892 et 1893
Statuette en bois de fer, nacre, dent et en os
H. 34,4 ; L. 14,8 ; P. 18,5 cm
Paris, Musée d’Orsay

Bois, os, dent, nacre… La base même de l’œuvre fait appel au Primitif, à la Nature. La figure principale est assise, munie de dents incroyables. Membres allongés, déformés… Mouvements sensuels rappelant ceux du Tamure, une danse traditionnelle de Tahiti… L’Idole nous apparait tel un totem. Gauguin avait l’inspiration sous ses yeux et le talent au bout de ses doigts. Ceci couplé à une soif insatiable de légendes et de nouveauté, ses créations (et celle-ci plus encore) transpirent de son aspiration à rendre visible l’insaisissable, à créer du mythe avec des formes simples.

Bref : encore une fois, nous sommes séduites et satisfaites des commentaires que le Musée met à notre disposition (et, y compris, des notices qui les accompagnent). Assez complets pour se faire une idée de l’objet et/ou de l’artiste ainsi que pour mieux les comprendre, ils sont aussi suffisamment concis pour laisser subsister une part de curiosité chez les plus avides de connaissances, et donc la possibilité d’aller chercher ailleurs d’autres informations si on le souhaite !

Et pour admirer plus d’objets sculptés, venez donc faire un tour par ici !

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La Vision après le sermon : du Synthétisme au Primitivisme

Paul Gauguin, La Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l'ange, 1888, huile sur toile, 72.20 x 91.00 cm, National Galleries of Scotland, Edinburgh.

Paul Gauguin, La Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l’ange, 1888, huile sur toile, 72.20 x 91.00 cm, National Galleries of Scotland, Edinburgh.

Pour comprendre l’attrait de Gauguin pour l’art primitif et son évolution progressive vers ce style, il conviendrait de se pencher d’abord vers les oeuvres antérieures à ses voyages.

La Vision après le sermon, réalisée en 1888, ressort parmi celles-ci. Elle est la première œuvre dite « synthétique » de Gauguin, et marque son entrée dans le mouvement symboliste. La toile est définie comme l’oeuvre-clé du Synthétisme dans la mesure où représente un point de vue subjectif, la vision (biblique) des nonnes mais aussi celle du peintre, dans une synthèse avec l’observation du monde et les considérations esthétiques propre à l’artiste. Ce tableau met donc en adéquation trois éléments essentiels : la réalité objective des apparences, le monde intérieur de l’artiste, et les possibilités formelles de la ligne et de la couleur, moyens expressifs à part entière.
S’il a été réalisé avant la découverte par Gauguin des cultures primitives et de l’exotisme, elle peut être comprise comme un « jalon capital de son primitivisme », selon Barthélémy Jobert, spécialiste de l’art européen du XIXème siècle, dans son article Universalis concis mais efficace. En effet, La Vision après le sermon s’inspire avant tout des estampes japonaises, telles que celles d’Hiroshige, mais préfigure le style « primitif » du peintre de par son assimilation symboliste de thèmes et de motifs culturels ainsi que par la stylisation des éléments formels du tableau (planéité, couleurs vives et contrastées, etc.).

En s’intéressant de plus près à cette oeuvre, tout simplement sur la recherche Google, on découvre rapidement qu’elle a été exposée temporairement au Musée des Beaux-Arts de Quimper en 2009. À partir du site du musée, par ailleurs très joli et agréable, on accède facilement à un dossier de presse réalisé pour l’exposition, en version pdf. De source a priori fiable, bien que l’auteur ne soit pas précisé, ce document resitue l’œuvre dans son contexte, notamment avec le rôle de Gauguin dans l’École de Pont-Aven, la décrit et l’analyse, et offre également une chronologie de l’artiste. Bien que cette ressource ne traite pas du primitivisme à proprement parler, elle n’en demeure pas moins intéressante pour comprendre l’évolution progressive et complexe de l’artiste vers son style de prédilection. Le Christ Jaune, œuvre dont nous avons déjà parlé dans un article antérieur, fait également partie de ces tableaux symbolistes préfigurateurs d’un style qui se détachent du naturalisme (héritage de l’Impressionnisme) pour favoriser le style primitif.

Le Musée des Beaux-Arts de Quimper a également mis en ligne un « Dossier pour professeurs« , réalisé par l’animateur du patrimoine Jean-Philippe Brumeaux, le conseiller départemental arts plastiques Didier Frouin, la conservatrice Nathalie Gallissot ainsi que par le conseiller-relais Yvon Le Bras. Pour compléter le dossier de presse, plus général, ce dernier document approfondit certaines notions au sujet de l’œuvre de Gauguin, notamment la composition, la couleur, les influences du peintre, et joint même quelques « pistes pédagogiques » pour mieux comprendre les œuvres en général (p.14 à 20).

Le détour par cette œuvre à moitié hors-sujet est enrichissante à plusieurs niveaux : non seulement il nous permet de mieux cerner le style de Gauguin, qui a évolué de l’Impressionnisme au Primitivisme en passant par le Symbolisme et le Fauvisme (tendances qui sont toutes liées), dont le synthétisme se retrouvera dans nombre de ses œuvres réalisées sur les Îles, mais il nous amène également à consulter plus assidûment les sites de musées qui souvent souvent généreux en documents informatifs, ainsi que les articles plus pointus (il faut avoir l’idée de taper un nom de tableau sur Universalis, par exemple). À notre grande surprise, on peut même tomber sur un article intéressant sur… le site du cinéclub de Caen !
(Pour les germanistes, un très bon article explicatif paru dans la Neue Zürcher Zeitung, qui fait également des parallèles avec le style primitif de Gauguin.)

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La genèse des peintures de Gauguin…

Nines, encore intitulé Nineteeth-century Scholar Online est un site rédigé en anglais, spécialisé dans l’Histoire de l’Art du XIXème siècle. Il est d’un grand intérêt dans le cadre de nos recherches car il donne accès à de nombreux liens nous redirigeant vers toutes sortes de sites et articles relatif à nos sujet, Gauguin et le Primitivisme.

La page d’accueil est d’un abord simple avec une barre de recherche ainsi que 3 colonnes : une présentant des objets insolites, une autre les tags ajoutés récemment et une dernière présentant les actualités. En haut de la page, 5 onglets : « Search », « Publication », « Community », « Classeroom » et « News » permettent de guider le visiteur.

Relativement à notre sujet, le site propose 53 liens qui démontrent la richesse de ses sources. Celles-ci contiennent entre autre une copie du célèbre Noa Noa ainsi qu’un article intitulé Paul Gauguin’s Genesis of Picture : A painter’s Manifesto and self analyse. De plus, le site donne pour chaque résultat des références bibliographiques ou un lien vers le site de l’article concerné. Il agit ainsi tel un moteur de recherche spécialisé.

Cependant, la plupart du temps le lien nous mène vers un site et non vers l’article directement ce qui pose problème pour retrouver l’article dans les sites de grande importance.

Concernant l’article relatif à la Genèse de la peinture de Gauguin, Nines nous oriente vers le site qui l’héberge, dédié aux Digital Humanities et à l’Histoire de l’Art. Le site 19thc.worldwide, se désigne comme le journal du XIXème siècle et de sa culture visuelle, ce qui semble très prometteur. Cet article en anglais rédigé par Dario Gamboni, professeur universitaire notamment à l’université de Lausane et à l’ENS de Paris est dédié aux divers écrits de Gauguin relatifs à son propre travail et à un ouvrage plus particulier qu’il aurait écrit mais dont le nom ne nous est pas communiqué. 

Dans cet ouvrage Gauguin interprète sont propre travail. Il se base essentiellement sur une de ses œuvres les plus connues et emblématique du primitivisme qui est Mana’o Tupapa’u, 1892, conservée actuellement à la Allbright-Knox Art Gallery à Buffalo. Cette peinture eut une grande importance pour lui comme en témoigne le prix élevé pour lequel il l’a vendu et les nombreuses variations qu’il a pu en faire tel que sa reprise dans L’autoportrait au chapeau peint en hiver 1893-94 à Paris, actuellement exposé au Musée d’Orsay. Le peintre résume lui-même sa peinture comme une « étude de nu polynésienne » montrée « dans une position audacieuse, toute nue sur un lit ». Le peintre voulait cependant éviter toute accusation d’indécence et rendre à « l’esprit Kanaka son caractère, sa tradition ». Pour cela il a choisi certains accessoires comme le paréo et certaines couleurs (jaune, violet) ainsi qu’un thème qui pouvait justifier le motif. Afin de détourner toute allusion sexuelle, la raison de la position de la femme invoquée à été la peur expérimentée la nuit de l’Aupapa’u c’est-à-dire de l’esprit des morts. Cette explication a été reçue avec plus ou moins de bienveillance par les experts et critiques.

Concernant la fonction de cet écrit, Gauguin écrit à son ami Monfreid qu’il a réalisé cet ouvrage pour lui-même mais une lettre à sa femme atteste du contraire. En effet, il lui fait part de sa volonté de le partager avec d’autres. Le tableau sera d’ailleurs expédié chez lui et exposé à Copenhague et Bruxelles en 1893 et 1894.

Ses lettres contiennent également une traduction des œuvres et de leur langage pictural.

Image

Paul Gauguin, Mana’o tupapa’u, 1892. Huile sur toile, Albright-Knox Art Gallery, Buffalo

Ainsi selon Dario Gamboni, sa Genèse d’une image doit être comprise comme une intervention dans le processus collectif d’interprétation et dans l’interaction existante entre les artistes et les critiques. Mais Gauguin revendique aussi dans cet ouvrage, la qualité de son travail entant qu’ Art à part entière. En effet, il se trouve au cœur d’une époque où en France, la consécration et la diffusion des artistes et des œuvres dépendent essentiellement du marché de l’art et de la presse. Courtiers, critiques et d’autres médiateurs ont ainsi acquis un pouvoir croissant sur les artistes. Gauguin conscient de cela, a tenté d’utiliser ce nouveau système en se rapprochant de critiques comme Albert Aurier, Octave Mirbeau ou Août Strindberg.

En donnant comme une «explication» de son image un récit de sa «Genèse», dont lui seul avait été témoin, Gauguin revendique le contenu et le sens de son travail. Il défend aussi une certaine conception du processus de création.

Gauguin rejette également l’idée qu’une œuvre d’Art serait la visualisation traduite d’une idée préconçue et insiste sur le fait que cette peinture n’est pas une allégorie, mais un «poème musical». Il explique également qu’il avait essayé de «traduire son rêve dans un décor suggestif sans avoir recours à des moyens littéraires ».  Il prend pour exemple les fleurs présentent dans le fond du tableau… Dans Le Cahier pour Aline : «Ces fleurs sont tupapa’u, phosphorescentes et rappellent les esprits des morts ». Des formes similaires apparaissent dans le fond d’une représentation de son fils endormi, peint par Gauguin huit ans plus tôt (collection privée). Ce motif est donc récurrent dans son œuvre et à valeur onirique.

L’auteur de l’article conclut en expliquant qu’à l’approche de Mana’o Tupapa ‘u, notre première impression est clairement érotique. Dans  Noa Noa, le narrateur avoue qu’il n’avait «jamais vu [sa maitresse] si belle, et surtout, n’a jamais trouvé sa beauté si émouvant« , l’épisode se termine par une « douce nuit et ardente, une nuit tropicale. » Mais cette pulsion érotique et détournée par une censure intériorisée par l’artiste: l’image ne doit pas être indécente, la référence à l’amour est remplacé par la crainte des esprits, la figure de l’amant de celle du tupapa’u.

Cet article d’une grande complexité, mérite donc une lecture attentive et apporte de nombreuses information quand aux motivations et inspirations de Gauguin dans son travail. Il est d’autant plus intéressant qu’il porte essentiellement sur des œuvres peintes dans les îles et inscrites dans le Primitivisme.

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