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L’importance des natures mortes de Paul Gauguin dans son oeuvre et dans le primitivisme

JSTOR (contraction de Journal Storage) est un système d’archivage en ligne de publications universitaires et scientifiques. Il fut créé en 1995 et il est aujourd’hui une société américaine à but non lucratif  basée à New York. Il est accessible via Domino pour les étudiants et enseignant-chercheurs de la plupart des universités. Cette plateforme est d’une grande utilité car elle regroupe un grand nombre de publications universitaires et scientifiques. Malgré la quantité de son contenu, il reste très fonctionnel.

Ainsi,  sa page de présentation est très simple et épurée. Elle contient plusieurs onglets en anglais : « Jstor home » qui donne accès à une barre de recherche, « search » qui permet de choisir ses modalités de recherches comme « recherche avancées » ou « new beta search ». Elle contient encore un onglet « browse » permettant d’organiser les résultats par sujets, titres ou auteurs. Enfin, un onglet « my Jstor »  permet de gérer un compte. De plus, dans la colonne de Gauche, un menu déroulant permet de revenir à nos récentes recherches.

Ainsi, en tapant « Gauguin primitivisme » dans la barre de recherche, de nombreux résultats apparaissent notamment en anglais, français et italiens. Ils sont organisés de manière pratique : en haut est affiché le nombre global de résultats. Plusieur onglets permettent d’organiser le résultat de cette recherche tels que « all results », « journal », « book », « pamphlets » qui permettent de ne consulter que certains types de documents tels que les journaux ou livres uniquement. Ces propositions de mode de tri permettent aussi de classer les résultats par exemple, du plus vieux au plus récent. Ainsi, de nombreux outils sont proposés pour faciliter notre recherche.

Cependant, un inconvénient demeure : face aux résultats de la recherche, les titres des ouvrages et articles en rapport avec notre sujet s’affichent accompagnés du nom de l’auteur, du titre de l’ouvrage mais aucun résumé du contenu n’est fourni. Le lecteur ne peut se fier qu’au seul titre proposé, il est donc difficile de juger au premier regard de la pertinence du contenu.

Au sein de la liste de résultats, un article attire particulièrement notre attention, La nature morte et Gauguin : une production picturale méconnue par Béatrice Lovis.Image

En effet, Gauguin est surtout connu pour ses nus et ses représentations de femmes exotiques, il est donc fort intéressant de constater qu’ il s’est aussi intéressé au genre de la nature morte. Nous pourrions aussi nous interroger sur la qualité de la source : Béatrice Lovis est une assistante diplômée de l’université de Lausanne dans le domaine des Arts. Elle participe également à l’organisation de nombreux évènements culturels entant que conservatrice du musée (Musée international de la Réforme à Genève) ou comme administratrice de manifestations. Il est donc légitime qu’elle écrive ce type d’articles.

L’article (téléchargeable en format PDF) décrit le cheminement de l’artiste et les divers rencontres ayant influencé son goût pour la nature morte avant qu’il ne devienne le « sauvage » qu’il souhaitait être. Il parle ainsi de l’influence de son ami Camille Pissaro au sein de ses œuvres. Mais il explique notamment que « l’âge d’or de la nature morte » se trouve durant sa période bretonne. Ainsi un quart de ses toiles sur les 200 peintes entre juillet 1886 et fin 1890 est consacré à ce genre. Cela correspond à l’éclosion du style propre à l’artiste, à sa découverte du synthétisme et au début de sa quête concernant le primitivisme. Ce travail sur les natures mortes inspirera d’ailleurs les Nabis et les fauves.

Ainsi, l’auteur nous explique que les natures mortes deviendront son laboratoire formel et nous donne ainsi comme exemple la Fête de Gloannec de 1888. Gauguin applique ses nouvelles réflexions artistiques (aplats de couleurs saturées, refus de la perspective) en 1er lieu dans le genre de la nature morte avant de se lancer dans la figure. Cette démarche le rapproche d’ailleurs de Renoir, peintre qu’il admirait. Il dit d’ailleurs : « Quand je peins des fleurs, je pose des tons, j’essaie des valeurs hardiment, sans souci de perdre une toile. Je n’oserais pas le faire avec une figure, dans la crainte de tout gâter. Et I ‘expérience que je retire de ces essais, je I ‘applique ensuite a mes tableaux».

Mais l’artiste aspire à de plus en plus à la « sauvagerie » ce qui se traduit dans sa peintre par une adéquation du style et du sujet, tout deux inspirés des arts primitifs. On assiste ici au début de cette quête du primitivisme que poursuivra Gauguin tout au long de sa vie.

En outre, ses Natures mortes se dotent peu à peu de messages ambigus et hermétiques qui échappent souvent au spectateur non initié : Elles s’apparentent souvent à des méditations mélancoliques sur la faute originelle, Les fruits ou le portrait de Meyer Haan sont de vraies natures mortes « symbolistes ». On assiste aussi en parallèle au développement de l’engouement des arts primitifs en occident dans les musées français (Ainsi, le Trocadéro à Paris, le musée d’Arts persan, khmer, égyptiens, précolombien est créé…) qui favorise également le développement du primitivisme.

Gauguin prend l’habitude de juxtaposer divers influences dans une même toile. Il conseille d’ailleurs à Manfreid de Tahiti, en 1898 : « Ayez toujours devant vous les Persans, les cambodgiens et un peu d’Egyptien ». Certains critiques tels que Maurice Denis confèrent d’ailleurs à son art une dimension sacrée, quasi religieuse.

Il écrivit également à Bernard en avril 1890 que « L’avenir est aux peintres des tropiques qui n’ont pas été encore peins et il faut du nouveau comme motifs pour le public, stupide acheteur ». Mais les nouveaux motifs tant espérés coïncideront avec le désintérêt pour le genre de la nature morte qui cède le pas aux paysages et aux compositions à figures. Les natures mortes présentent au final près de un cinquième de la production picturale de Gauguin.

Mais cet engouement pour la nature morte va décliner progressivement : de 1873 à 1890 l’artiste peint environ 100 natures mortes sur 400 toiles. De 1891 à 1903, seulement 30 natures mortes sur 230 toiles environ. Cette dernière période correspond à ses voyages à Tahiti et aux îles Marquises. Ce désintérêt de l’artiste pour la nature morte se manifeste aussi dans sa correspondance à Antoine Vollard  dans une lettre au début de 1900 : «Vous me parlez de fleurs peintes, je ne sais vraiment pas lesquelles malgré le petit nombre que j’en fais: et cela tient (comme vous avez pu le voir sans doute) que je ne suis pas un peintre d’après nature – aujourd’hui moins qu’avant. Tout chez moi se passe en ma folle imagination. Et quand je suis fatigue de faire des figures (ma prédilection) je commence une nature morte que je termine d’ailleurs sans modèle. Puis ici, ce n’est vraiment pas le pays des fleurs». Malgré ce déclin, le choix des sujets de Gauguin, montre son entrée dans le primitivisme dans  les natures mortes également.

Au travers de nombreuses analyses d’œuvres telles que celle du Christ Jaune ou de la Nature morte aux trois petits chiens (1888, hsb, 92×62,5cm, New York, Moma), l’auteur nous explique que la nature morte chez Gauguin n’est pas un moyen de copier la réalité, mais l’occasion de la transfigurer. Ainsi, de son premier séjour à Tahiti, seules 6 natures mortes dont 3 hybrides nous sont parvenues. Elles révèlent un primitivisme autochtone qui se substitue aux influences péruviennes et japonaises. Gauguin insère dans ses toiles de nouveaux motifs : fruits exotiques choisis pour leurs formes décoratives et leurs couleurs flamboyantes. Cela est par exemple visible dans sa nature morte intitulée les Bananes.

De son deuxième séjour en Polynésie, nous reviennent 15 natures mortes. La plupart se caractérisent par un retour nostalgique aux racines. En outre, sentant la mort approcher, Gauguin renoue avec l’iconographie de la Vanité. La nature morte aux oiseaux exotiques est un testament artistique où vie et mort s’enchevêtrent.

Les natures mortes de Paul Gauguin peuvent donc être vues comme une synthèse de son parcours artistique. Elles renouent avec le motif traditionnel de la table chargée de fruit, de fleur et de gibier. Elles montrent également l’intérêt de Gauguin pour ce genre tout au long de son parcours –malgré un certain déclin à partir des années 1890- également dans ses œuvres dites primitivistes. Ce genre pourtant peu connu de l’artiste est donc d’une grande importance dans le développement de son style.

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