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La genèse des peintures de Gauguin…

Nines, encore intitulé Nineteeth-century Scholar Online est un site rédigé en anglais, spécialisé dans l’Histoire de l’Art du XIXème siècle. Il est d’un grand intérêt dans le cadre de nos recherches car il donne accès à de nombreux liens nous redirigeant vers toutes sortes de sites et articles relatif à nos sujet, Gauguin et le Primitivisme.

La page d’accueil est d’un abord simple avec une barre de recherche ainsi que 3 colonnes : une présentant des objets insolites, une autre les tags ajoutés récemment et une dernière présentant les actualités. En haut de la page, 5 onglets : « Search », « Publication », « Community », « Classeroom » et « News » permettent de guider le visiteur.

Relativement à notre sujet, le site propose 53 liens qui démontrent la richesse de ses sources. Celles-ci contiennent entre autre une copie du célèbre Noa Noa ainsi qu’un article intitulé Paul Gauguin’s Genesis of Picture : A painter’s Manifesto and self analyse. De plus, le site donne pour chaque résultat des références bibliographiques ou un lien vers le site de l’article concerné. Il agit ainsi tel un moteur de recherche spécialisé.

Cependant, la plupart du temps le lien nous mène vers un site et non vers l’article directement ce qui pose problème pour retrouver l’article dans les sites de grande importance.

Concernant l’article relatif à la Genèse de la peinture de Gauguin, Nines nous oriente vers le site qui l’héberge, dédié aux Digital Humanities et à l’Histoire de l’Art. Le site 19thc.worldwide, se désigne comme le journal du XIXème siècle et de sa culture visuelle, ce qui semble très prometteur. Cet article en anglais rédigé par Dario Gamboni, professeur universitaire notamment à l’université de Lausane et à l’ENS de Paris est dédié aux divers écrits de Gauguin relatifs à son propre travail et à un ouvrage plus particulier qu’il aurait écrit mais dont le nom ne nous est pas communiqué. 

Dans cet ouvrage Gauguin interprète sont propre travail. Il se base essentiellement sur une de ses œuvres les plus connues et emblématique du primitivisme qui est Mana’o Tupapa’u, 1892, conservée actuellement à la Allbright-Knox Art Gallery à Buffalo. Cette peinture eut une grande importance pour lui comme en témoigne le prix élevé pour lequel il l’a vendu et les nombreuses variations qu’il a pu en faire tel que sa reprise dans L’autoportrait au chapeau peint en hiver 1893-94 à Paris, actuellement exposé au Musée d’Orsay. Le peintre résume lui-même sa peinture comme une « étude de nu polynésienne » montrée « dans une position audacieuse, toute nue sur un lit ». Le peintre voulait cependant éviter toute accusation d’indécence et rendre à « l’esprit Kanaka son caractère, sa tradition ». Pour cela il a choisi certains accessoires comme le paréo et certaines couleurs (jaune, violet) ainsi qu’un thème qui pouvait justifier le motif. Afin de détourner toute allusion sexuelle, la raison de la position de la femme invoquée à été la peur expérimentée la nuit de l’Aupapa’u c’est-à-dire de l’esprit des morts. Cette explication a été reçue avec plus ou moins de bienveillance par les experts et critiques.

Concernant la fonction de cet écrit, Gauguin écrit à son ami Monfreid qu’il a réalisé cet ouvrage pour lui-même mais une lettre à sa femme atteste du contraire. En effet, il lui fait part de sa volonté de le partager avec d’autres. Le tableau sera d’ailleurs expédié chez lui et exposé à Copenhague et Bruxelles en 1893 et 1894.

Ses lettres contiennent également une traduction des œuvres et de leur langage pictural.

Image

Paul Gauguin, Mana’o tupapa’u, 1892. Huile sur toile, Albright-Knox Art Gallery, Buffalo

Ainsi selon Dario Gamboni, sa Genèse d’une image doit être comprise comme une intervention dans le processus collectif d’interprétation et dans l’interaction existante entre les artistes et les critiques. Mais Gauguin revendique aussi dans cet ouvrage, la qualité de son travail entant qu’ Art à part entière. En effet, il se trouve au cœur d’une époque où en France, la consécration et la diffusion des artistes et des œuvres dépendent essentiellement du marché de l’art et de la presse. Courtiers, critiques et d’autres médiateurs ont ainsi acquis un pouvoir croissant sur les artistes. Gauguin conscient de cela, a tenté d’utiliser ce nouveau système en se rapprochant de critiques comme Albert Aurier, Octave Mirbeau ou Août Strindberg.

En donnant comme une «explication» de son image un récit de sa «Genèse», dont lui seul avait été témoin, Gauguin revendique le contenu et le sens de son travail. Il défend aussi une certaine conception du processus de création.

Gauguin rejette également l’idée qu’une œuvre d’Art serait la visualisation traduite d’une idée préconçue et insiste sur le fait que cette peinture n’est pas une allégorie, mais un «poème musical». Il explique également qu’il avait essayé de «traduire son rêve dans un décor suggestif sans avoir recours à des moyens littéraires ».  Il prend pour exemple les fleurs présentent dans le fond du tableau… Dans Le Cahier pour Aline : «Ces fleurs sont tupapa’u, phosphorescentes et rappellent les esprits des morts ». Des formes similaires apparaissent dans le fond d’une représentation de son fils endormi, peint par Gauguin huit ans plus tôt (collection privée). Ce motif est donc récurrent dans son œuvre et à valeur onirique.

L’auteur de l’article conclut en expliquant qu’à l’approche de Mana’o Tupapa ‘u, notre première impression est clairement érotique. Dans  Noa Noa, le narrateur avoue qu’il n’avait «jamais vu [sa maitresse] si belle, et surtout, n’a jamais trouvé sa beauté si émouvant« , l’épisode se termine par une « douce nuit et ardente, une nuit tropicale. » Mais cette pulsion érotique et détournée par une censure intériorisée par l’artiste: l’image ne doit pas être indécente, la référence à l’amour est remplacé par la crainte des esprits, la figure de l’amant de celle du tupapa’u.

Cet article d’une grande complexité, mérite donc une lecture attentive et apporte de nombreuses information quand aux motivations et inspirations de Gauguin dans son travail. Il est d’autant plus intéressant qu’il porte essentiellement sur des œuvres peintes dans les îles et inscrites dans le Primitivisme.

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