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Gauguin le colon ?

Gauguin, Te Arii Vahine (La femme aux mangues), 1896, huile sur toile, 97 × 130 cm, Musée Pouchkine.

Gauguin, Te Arii Vahine (La femme aux mangues), 1896, huile sur toile, 97 × 130 cm, Musée Pouchkine.

Multiculturalisme et identité en littérature et en art est un ouvrage d’essais réunis par Jean Bessière et Sylvie André, sous la direction de l’Université de Polynésie Française et de l’Association Internationale de Littérature Comparée, publié en 2002 chez l’Harmattan et numérisé en 2008. Il traite du multiculturalisme comme résultat du colonialisme et comme constitution des identités collectives, à travers la littérature comparée et les arts plastiques. Dès la préface, Sylvie André nomme Gauguin comme figure caractéristique de la production esthétique comme lieu du questionnement social du mélange des cultures.
L’essai qui nous intéresse plus particulièrement se trouve dans la première partie de l’ouvrage, « Expressions des identités culturelles et espaces du Pacifique », dans un essai du docteur en lettres Shigemi Inaga, dont le titre est très précis : « Tahiti et la migration des signes, Représentation du paradis terrestre chez Paul Gauguin et quête de la créolité dans le langage plastique au tournant des XIXe et XXe siècles ». L’ouvrage est partiellement disponible en version numérisée sur le service Google Livres, mais plusieurs pages de notre texte manquent. Pour combler ce défaut, qui est très frustrant lorsque le livre est introuvable ailleurs, une version consultable du même texte est disponible via Didactibook. L’ouvrage n’est pas disponible dans son intégralité, mais en cliquant sur « feuilleter » nous avons accès aux 47 premières pages, mais le format est trop petit pour être lisible. Autre solution : en tapant le titre sur la barre de recherche google, cliquez sur le second lien pour télécharger une version pdf des 20 premières pages du livre, et complétez avec Google Livres.

Après ces pérégrinations peu commodes (ce sont les aléas des droits d’auteur), revenons à notre essai. Shigemi Inaga rappelle en un premier lieu que Gauguin a été victime de critiques dites « post-coloniales » concernant son attitude dans les Îles, accusé de délits de prostitution, d’affabulation et de falsification du patrimoine culturel. En réponse à ses accusations, l’auteur ne tente non pas de réhabiliter l’artiste, mais de réinterpréter ses actes comme « produit ultime de la situation coloniale » ainsi que comme pionnier de la recherche multiculturelle, ce que l’on voit à travers ses arts et ses écrits. Au sujet de l’accusation de « pillages », Gauguin aurait en fait eu comme procédé intentionnel d’extraire des sources iconographiques de leur contexte d’origine pour les combiner de façon originale (comme par exemple les estampes japonaises). Il nomme cet art la « créolisation du langage visuel« , et se propose de l’étudier plus en détails. Il prend comme exemple le tableau Te Arii Vahine, qui représenterait une Ève tahitienne, et en retrace les origines iconographiques. S’ensuit la démonstration d’un lien entre la représentation par Gauguin d’une Ève immaculée et sa critique d’une morale chrétienne, que l’on retrouve par ailleurs dans ses notes rédigées lors du second séjour à Tahiti. Après cette analyse intéressante et d’ailleurs inédite, Inaga se propose d’interpréter la fameuse œuvre D’où venons nous? Que sommes-nous? Où allons-nous? selon différentes sources littéraires et iconographiques. Nous comprenons mieux pourquoi les toiles de Gauguin décrivent un monde idéalisé et irréel : cela correspond en réalité à une phase d’extinction d’une forme de paradis terrestre à Tahiti et aux Marquises (qui souffraient d’une dépopulation considérable). L’auteur conclut son essai sans porter de jugement de valeur, mais en insistant bien sur le fait que Gauguin a réalisé une « migration des signes en quête d’une identité multiculturelle. »

Les difficultés rencontrées pour accéder au texte en valaient la peine, car c’est ici une toute nouvelle approche de l’œuvre de Gauguin que nous découvrons, éclairées par le très intéressant point de vue de la littérature comparée mais aussi de l’analyse des sources iconographiques. Au lieu d’accuser partialement Gauguin comme étant un colon, ou au lieu de le défendre, nous pouvons tout simplement retracer ses démarches artistiques qui sont indéniablement originales et uniques dans le genre.

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Un bref récit de la Vie de Paul Gauguin aux îles Marquises…

Regard éloigné est un blog tenu par un auteur inconnu. Il s’agit d’un blog dédié à la culture et à l’anthropologie, créé en 2006. Il contient de nombreux articles concernant l’anthropologie, l’archéologie, l’Art forts riches et documentés.

La page d’accueil d’apparence extrêmement simple contient 4 onglets « accueil », « archives » (qui permet de retrouver les articles classés par mois et année d’édition ainsi que par catégories telles que « actualité », « Afrique » ou « anthropologie »), « profil » (malheureusement non renseigné) et « s’abonner ».

Ainsi un article du 11 décembre 2010 intitulé « Mourir aux marquises ! » Paul Gauguin et le primitivisme, nous amène directement à notre sujet de prédilection qui est –rappelons le- Paul Gauguin et le Primitivisme.

Au premier abord l’article est richement illustré de cartes, de reproductions d’œuvres, de documents et de lettres. Il contient aussi de nombreuses citations. Cela permet une approche fort enrichissante et attrayante.

L’article raconte l’arrivée de Gauguin à Atuona, ville de l’île marquisienne d’Hiva Oa le 16 septembre 1901 (réputée la terre la plus lointaine d’un archipel composé de 9 îles qui fut découvert par les Européens à la fin du XVIème siècle). L’auteur nous fait alors une description géographique et historique de l’île. Nous découvrons ainsi que depuis sa colonisation la démographie de l’île ne cessait de chuter en raisons des épidémies et de l’instabilité politique dont elle est la cause. L’île passe ainsi de 90 000 habitants à 4000 au moment de l’arrivée de Gauguin.  Cependant, cette île était encore considérée comme un territoire « inaltéré » et Gauguin espérait y rencontrer une culture qui concordat plus exactement avec ses rêves tahitiens tel qu’il l’écrit à son ami Daniel de Monfreid.

Il s’installe dans le village d’Atuana et y achète un terrain auprès de la mission catholique locale qui possédait toute l’île. Il y fit construire sa dernière case, « la maison du jouir ». L’artiste la décorera de panneaux de bois sculptés et peints, reprenant de nombreux motifs déjà utilisés dans ses tableaux et sculptures. Il s’installe avec Marie Rosé Vascho, jeune vahiné de 14 ans qui met au monde une fille, Tahiatikao mata. D’après le témoignage du pasteur Vernier, missionnaire de l’Eglise réformée d’Atuoana, Gauguin aimait sa vie dans la colonie et y était intégré. Bien que malade et au prise avec la gendarmerie, il réussit à peindre, écrire, dessiner, sculpter et à créer quelques chefs d’œuvres.

A la fin de son second séjour tahitien, Gauguin avait adopté un mode de vie résolument occidental et c’était bien inséré dans la communauté européenne de Tahiti. Le sort des indigènes ne l’intéressait pas. Il en va autrement lors de son séjour aux Marquises : pour la première fois il sympathise avec des locaux et créé de véritables liens d’amitié avec eux.

Il y sera ainsi très productif surtout si l’on tient compte de la dégradation de son état de santé et du temps que va lui prendre une guerilla contre le pouvoir civil (composée d’un gendarme) et religieux (un prêtre et un évêque). Il rédigera ainsi 13 manuscrits dont l’Esprit moderne et le catholicisme (1902), pamphlet contre l’église catholique, influencé par le bouddhisme et la théosophie. Mais aussi Racontars de rapins en 1902 qui traite surtout d’Art et d’esthétique. La raison pour laquelle il rédige autant de texte est que son état de santé l’empêche de peindre longuement. En effet il souffre des yeux et des jambes ce qui l’empêche d’exercer son activité. De plus, ces ouvrages manifestent surtout le besoin d’affirmer par l’écriture sa présence à Paris pour expliquer et légitimer sa démarche et son œuvre.

Mais c’est à la sculpture que Gauguin recourt de préférence pour formuler ses considérations et ses revendications sociales. Père Paillard et Thérèse, couple de statut scandaleux en sont un ironique exemple (Ils illustrent une critique envers l’évêque Martin et ses aventures en réponse à ses attaques sur la dite liberté sexuelle de Gauguin).

Cependant, l’ouvrage de sculpture le plus important qu’il réalise aux Marquises reste l’encadrement de porte sculptée et peint qu’il exécuta pour sa « Maison du Jouir » qui représente un ensemble des plus ambitieux. Ainsi, les mots « Maison du Jouir » étaient gravés sur le linteau surmontant la porte aujourd’ hui disparue. Au dessus se trouvaient des motifs ornementaux représentant des fleurs et des fruits. Sur les montants de chambranle, se trouvaient également deux nus féminins. En dessous, deux inscriptions gravées sur chacun des soubassements clamaient « Soyez amoureuses, vous serez heureuses » et « Soyez mystérieuses ».

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Paul Gauguin, Soyez mystérieuses, bas relief en bois de Tilleul polychrome, H. 73 ; L. 95 ; P. 5 cm, Musée d’Orsay, Paris.

Ces inscriptions renvoyaient explicitement à des bas reliefs majeurs de 1889 à 90, à des tableaux de 1902, aux gravures et sculptures de 1898-99 et ils peuvent être rattachés aussi à divers monuments passé dont l’artiste s’inspirait. Franchissant cette porte ornée, le visiteur pénétrait dans la chambre- atelier de Gauguin dont les murs, au dire des rares personnes admises étaient couverts d’images pornographiques que l’artiste avait ramené d’Egypte. Plus loin, l’auteur conservait son « musée » de photographies, ses cahiers de notes, ses carnets de croquis et ses dessins qui constituait un matériel dans lequel il puisait en grande partie son inspiration.

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Paul Gauguin, Soyez Amoureuse et vous serez heureuses, entre 1901 et 1902, bas-relief en bois de séquoia gigantea polychrome, H. 0.45 ; L. 2.045 ; P. 0.022 m, Musée d’Orsay, Paris.

Cependant ses tableaux marquisiens se différenciaient de ses œuvres précédents car ils étaient moins bons que ceux de Tahiti selon l’auteur. Gauguin y figurait moins de détails mais reprend plus de motifs et de figures qu’il avait déjà représentés. Malgré le cadre dans lequel il vit et travaille, ses scènes ne montre pas la luxuriance de la végétation de l’île, ne s’inspire pas d’œuvres tahitiennes, de vestiges archéologiques (pourtant nombreux) ou de mythes polynésiens. Son inspiration semble avoir changé et son œuvre est dès lors moins primitive qu’auparavant…

Malgré cela, la religion et la métaphysique restent très présentes dans son œuvre comme le montre sa Nativité ou encore L’Ange, Adam et Eve. Il évoque aussi la religion Mahori dans quelques tableaux.

En parallèle à son activité créatrice, Gauguin se révolte continuellement contre les autorités de l’île. L’évêque n’apprécie pas que Gauguin dissuade sa compagne d’aller à l’école ou encore les fêtes paillardes qu’ il aurait organisé dans sa maison du Jouir en compagnie de nombreux marquisiens. Il n’apprécie pas non plus son amitié avec le pasteur de la mission locale.

La tension semble être à son comble lors de la rentrée scolaire : En effet, Gauguin c’est aperçu qu’on obligeait illégalement les enfants de l’île à se scolariser. Il explique aux parents qu’ils n’y sont pas obligés et la fréquence des inscriptions va baisser. Mais Gauguin s’attira surtout la haine des gendarmes et de l’administration. Il fut en effet accusé de monter les indigènes contre les autorités, de revendiquer trop ouvertement une certaine liberté sexuelle et d’y encourager les marquisiens. La situation se dégrade encore en février 2003 lorsque Gauguin réclame une enquête sur le gendarme de l’île voisine Tahuata, Etienne Guichenay pour avoir été corrompu par des capitaines baleiniers américains. Il est alors poursuivit pour diffamation par l’administration. Le 31 mars 1903 il est alors condamné à 3 mois de prison et 500 francs d’amande.

Durant ces deux années, Gauguin multiplie les lettres de récrimination, les pétitions, les dénonciations de plus en plus furieuses. Mais sa fébrilité et son ton enflammé dans ses protestations semblent indiquer une dérive psychologique. Sa santé ne fait d’ailleurs que s’aggraver depuis décembre 1902 et finira par le mener à une mort solitaire préalablement noyée d’alcool et drogue pour essayer –en vain- de calmer ses douleurs.

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Gauguin – Tahiti, l’atelier des Tropiques

(Couverture du Catalogue d’Exposition)

Du 3 octobre 2003 au 19 janvier 2004 se déroulait, dans Galeries nationales du Grand Palais de Paris, l’exposition « Gauguin – Tahiti, l’atelier des Tropiques ».

Cent ans plus tôt, le 8 mai 1903, Gauguin mourrait chez lui aux Iles Marquises. Rendre hommage à l’artiste et regrouper des œuvres conservées dans les musées du monde entier, tels étaient les objectifs premiers de cet évènement. Et ils furent largement atteints, puisque l’exposition est parvenue à regrouper deux cent vingt pièces appartenant à toutes sortes de collections, provenant d’Europe, des Etats-Unis, de Russie ou encore du Japon. Peintures, sculptures, dessins, aquarelles, gravures, mais aussi ses manuscrits… Tout a été réuni pour représenter au mieux, les questionnements et productions artistiques de Gauguin. La sélection des œuvres s’est concentrée sur les deux séjours de l’artiste dans le Pacifique (Tahiti et les Iles Marquises) ainsi que sur sa toile manifeste D’où venons-nous ? Que sommes–nous ? Où allons-nous ? (Boston, Museum of Fine Arts), que nous avons déjà abordée dans l’un de nos précédents articles, et qui fut traitée comme le « centre » même de l’exposition.

Au sujet de cette exposition, un article intitulé «  Gauguin et Tahiti », tiré du magazine Art Tribal, a entièrement été numérisé puis diffusé via le site des Editions D. Comme elles l’expliquent dans leur présentation, que l’on trouve sur le site : « Les Editions D sont actives dans le domaine de l’ethnologie, de l’anthropologie, des arts primitifs, des voyages et de la photographie. ». Notre sujet étant en rapport avec les arts primitifs, d’autres sciences humaines telles que l’anthropologie, ce site des éditions D se retrouve particulièrement intéressant dans le sens où il met à notre disposition toutes sortes de contenus, qui à la base sont publiés en version papier : albums, catalogues, magazines… Elles publient également « des ouvrages illustrés et, jusqu’à récemment, un magazine international: Art Tribal » auquel nous nous intéresserons ici.

Le site des EditionsD présente les ouvrages récemment publiés ainsi que les magazines dans des rubriques accessibles dès la page d’accueil. Chaque livre/magazine est décrit dans son ensemble puis, parfois, rattaché à des articles de presse numérisés. L’interface est claire, intuitive… On y navigue avec aisance et plaisir, pour y découvrir un contenu diversifié et enrichissant toujours en rapport avec les disciplines et domaines que nous avons évoqué ci-dessus.

Magazine récent, Art Tribal est le premier trimestriel à être uniquement consacré aux cultures africaines, asiatiques, américaines et d’Océanie. Certains de ses articles sont consultables sur le site des Editions D sous forme de PDF, nous offrant ainsi, en plus d’un accès libre aux contenus en question, une qualité de lecture remarquable aussi bien pour les textes que pour les illustrations qui les accompagnent.

L’article « Gauguin et Tahiti » est issu de l’exemplaire Art Tribal 03, ÉTÉ AUTOMNE 2003. Il a été rédigé par Philippe PELTIER, conservateur au musée du quai Branly et responsable de l’unité patrimoniale Océanie-Insulinde. Il a été le commissaire de nombreuses expositions dans ce musée et possède une formation d’ethnologue et d’historien d’art. On sait, dès lors, que cette ressource est de nature « sûre ».

Le document a été publié pour présenter l’exposition avant son ouverture au public. Il comporte un écrit relativement biographique expliquant au lecteur de quelle manière Gauguin s’est retrouvé à Tahiti puis aux Marquises et dans quels contextes (politique, social, historique, etc.), ainsi que ce qu’il a trouvé et fait là-bas… En parallèle, on remarque et on apprécie la présence d’œuvres de Gauguin (légendées et parfois commentées) qui allaient constituer l’exposition et qui illustrent le propos du conservateur. Mais ce que l’on apprécie davantage encore est la confrontation avec d’autres documents et œuvres (photographies des populations indigènes, objets traditionnels tels que des statuettes, des plats ou encore des bijoux…), non signées par la main de l’artiste, mais qui nous montrent l’univers dans lequel il était plongé et qui l’a largement inspiré dans sa production personnelle.

Garantie du contenu produit par un conservateur et historien de l’art, rapport avec le Primitivisme chez Gauguin explicité au travers de l’écrit comme des illustrations, accès libre (gratuit) à un article de magazine… Autant d’avantages qui font de cette ressource numérique un apport sérieux et conséquent que l’on n’hésite pas à privilégier dans nos recherches !

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Les identités géographiques de Gauguin

Paul GAUGUIN, Autoportrait, 1896, huile sur toile,Museu de Arte Brasileira, São Paulo, Brésil.

Paul GAUGUIN, Autoportrait, 1896, huile sur toile, Museu de Arte Brasileira, São Paulo, Brésil.

Le portail Persée est une bibliothèque en ligne et en libre accès de revues scientifiques françaises en sciences humaines et sociales, créée par le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et mise en ligne dès 2005. On y trouve plus de 350 000 documents, soit la plus vaste ressource d’articles de sciences humaines et sociales numérisés.
L’article L’exote, l’oviri, l’exilé : les singulières identités géographiques de Paul Gauguin de Jean-François Staszak y figure, et nous propose une nouvelle approche de l’art et de la personnalité de l’artiste : celle de la géographie. Son auteur est un géographe français, ancien maître de conférences à l’Université Paris I de Paris et actuellement en tête du département de géographie de l’Université de Genève. Il est également l’auteur de deux ouvrages sur Gauguin : Gauguin voyageur. Du Pérou aux îles Marquises, publié en 2006 aux éditions Solar/Géo, Paris, et Géographies de Gauguin, publié en 2003 chez Bréal, Paris, sur lesquels nous reviendrons.

Cet article de 21 pages, dont la version numérisée nous est offerte par Persée, est originellement publiée dans les Annales de Géographies de 2004, n°638-639.
La présentation simple voire simpliste du site de Persée cache un utilitarisme que l’on découvre rapidement. En tapant ses mots-clés, l’internaute tombe directement sur une liste exhaustive d’articles numérisés concernant son sujet, chacun étant accompagné de notices précises (revue dont il est tiré, numéro, pages), parfois même en hyperlien, pour mener vers d’autres articles, du même auteur par exemple.

J-F Staszak résume son entreprise dès la première page, à savoir l’étude des identités géographiques de Gauguin, qui s’est détaché d’un territoire pour aspirer à l’ailleurs, dans une « quête identitaire ».
Cette étude géographique des démarches du peintre nous donne un nouveau point de vue, de type scientifique, concernant son intérêt pour l’exotisme et les cultures dites « primitives ».

Dans son introduction, il explicite sa démarche et explique les différences de son approche avec les hypothèses jusqu’alors établies par les géographes au sujet des identités territoriales. Son positionnement s’articule autour de trois points :

  • L’identité comme représentation de soi même et comme fait subjectif
  • La prise en considération des comportements et des représentations sociales des acteurs
  • Le doute au sujet du territoire et de son rôle territorial.

Pourquoi Gauguin ? En tant qu’artiste, il exprime dans son œuvre ses « mondes intérieurs », mais assume aussi entièrement la composante géographique qui rythme son parcours et son art.

L’article de J-F Staszak est organisé en 5 chapitres thématiques:

  • Chapitre 1er : L’aspiration de Gauguin à l’autre et à l’ailleurs.
    Après un petit inventaire des voyages du peintre, il tente d’examiner son identité géographique complexe et instable, à travers les faits, ses correspondances, ses écrits et son œuvre plastique. Il en conclut qu’ « exotisme, primitivisme et quête intérieure sont donc mêlés dans son projet géographique. » (p.370)
  • 2nd Chapitre : Une invitation au voyage dans l’air du temps.
    Le projet de Gauguin s’ancre dans « l’antimodernisme fin-de-siècle », qui recherche dans l’ailleurs des voies alternatives aux canons de l’époque. Gauguin serait nourri par la culture de son temps dont la tendance est d’aller puiser dans un autre imaginaire, avec les figures du Sauvage et de l’Oriental(e). Staszak définit ensuite l’identité historique et temporelle de Gauguin.
  • Chapitre 3 : Tahiti : l’exotique et l’exil.
    Dans son projet, Gauguin ne chercherait pas à se transformer, mais à se redécouvrir, ce qu’il ne peut pas faire en Occident. Le géographe précise également le comportement de « colon » du peintre, même s’il tente de faire croire qu’il est devenu maori. Son but, dans la quête de l’ailleurs, est de se singulariser et de renouveler son œuvre.
  • Chapitre 4 : Gauguin oviri ou exote ?
    L’auteur explique ici en quoi Gauguin se croit « sauvage », selon sa propre entente du terme complexe d’ « oviri ». Mais malgré cela, il reste occidental : « Le primitiviste n’est pas un peintre primitif, mais bien un artiste occidental. »
  • Chapitre 5 : Les Marquises : « le civilisé et le barbare en présence ».
    L’attitude de Gauguin aux Marquises évolue, et il lutte ouvertement contre le pouvoir colonial et défend les indigènes. Serait-ce un signe de changement dans son identité géographique ? Aux Marquises, la quête de Gauguin ne s’interprète plus comme « consommation de l’autre et de l’ailleurs ».

J-F Staszac conclut clairement et efficacement en définissant l’identité géographique de Gauguin comme étant à la fois individuelle et collective. Le peintre parvient à tirer profit de sa représentation géographique pour créer une œuvre singulière et originale, malgré la vision banale de l’exotique.

Cet article est très intéressant, à plusieurs niveaux. Non seulement il est très documenté, avec des sources précises, des citations tirées de correspondances ou d’écrits critiques, ainsi que des données historiques (dates, etc.), mais il a aussi l’avantage de proposer une approche quasi-scientifique du parcours de Gauguin et d’expliquer la notion de « primitivisme » sous le spectre de la représentation géographique de l’artiste et de son temps. Avec Persée, plus besoin de perdre son temps à fouiller dans les revues et magazines de bibliothèque ; même les articles de sciences humaines et sociales plus spécialisés y figurent ! Mais il faut cependant avouer qu’à propos de Gauguin, une version « histoire de l’art » de Persée serait idéale…

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Dans les oeuvres

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À quoi sert Aid’Art ? Selon leur propre présentation sur le site, « Aid’Art s’adresse à tous les passionnés d’art qui souhaitent découvrir des analyses sur des toiles de maîtres. »
On y trouve des descriptions et des analyses d’œuvres de classiques (de Cézanne à Goya en passant par de La Tour)  mais aussi d’artistes contemporains qui cherchent à faire découvrir leur travail. On retrouve facilement Gauguin avec son nom figurant en gros dans le nuage de tags à droite. Même s’il est classé dans la catégorie « symbolistes », de nombreux articles correspondent à sa période primitiviste et s’identifient facilement, grâce à la reproduction en grand des œuvres et leur cartel précis.  
Les articles d’Aid’Art offrent à un lecteur amateur d’art mais non spécialiste des descriptions et des analyses des œuvres de Gauguin, et peuvent servir d’introduction pour se plonger dans l’univers du peintre. Les commentaires d’œuvres sont, selon les articles, iconographiques et iconologiques, par une analyse symboliste d’éléments du tableau, mais aussi techniques, en insistant sur un composant tel que la couleur (comme par exemple dans Femme à l’éventail de 1902).
Les textes comportent des références précises à des écrits d’auteurs, en citant les sources, pour appuyer le commentaire. La plupart ont d’ailleurs été rédigés par des professeurs d’histoire de l’art.
Malgré la bonne qualité des articles, certains peuvent semer le doute quant à la fiabilité des propos si aucune source n’est citée, et tous les textes ont été publiés par un mystérieux « Vincent » sur lequel l’internaute n’a pas d’informations.
Toujours est-il que les analyses d’œuvres de la période primitiviste de Gauguin sont intéressantes et éclairantes, et la qualité de reproduction d’images très bonne. On y retrouve également un article concernant le Christ Jaune, toile emblématique du basculement du style de Gauguin vers l’art primitif.
Aid’Art s’avère fort utile, bien qu’il reste dans le général, et peut donner de nombreuses pistes pour se livrer à une étude plus approfondie des œuvres primitives de Gauguin.

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En Martinique

Gauguin-Martinique, Au pays des dieux créoles, 1887

 La Banque Numérique des Patrimoines Martiniquais offre à ses visiteurs un ensemble de 15 pages rédigées et richement illustrées traitant de la vie de Gauguin : de sa naissance, en passant par son arrivée et sa vie en Martinique, avant de débarquer à Tahiti et aux Marquises. Au premier abord essentiellement biographique, ce site, très bien mené, résume de manière extrêmement efficace car complète, la vie et la production de l’artiste, cela particulièrement durant ce séjour martiniquais.

De son enfance au Pérou, en passant par ses voyages en tant que marin, par sa reconversion professionnelle, par ses amitiés liées avec les membres du groupe impressionniste, et son départ pour Panama à la recherche d’un premier « atelier des tropiques » avant de lui préférer la Martinique… Le site retrace tous les « éléments perturbateurs » qui se sont succédés dans la vie de Gauguin, et qui expliquent son envie de « sauvage », mais surtout d’ailleurs. Il partage également de nombreuses informations quant à l’art primitif de Gauguin, directement issu de cette confrontation avec d’autres cultures et sociétés.

De nombreux chapitres sont consacrés à la Martinique à part entière : d’un point de vue économique et social, mais aussi politique, culturel, intellectuel et artistique, au moment où Gauguin s’y trouvait. On a donc tout un caractère historique propre à ce territoire, qui nous permet de situer l’artiste et l’univers dans lequel il avait choisi d’évoluer : au travers des chiffres précis, des documents anthropologiques et iconographiques, mais aussi avec de nombreux propos recueillis, qui se retrouvent cités ici.

Nouveautés stylistiques nées de ce nouveau mode de vie en Martinique, influences et inspirations trouvées là-bas… L’évolution de ses œuvres et des critiques qui leur sont portées… Rien ou presque n’est délaissé dans les résumés de ce site de la Banque Numérique des Patrimoines Martiniquais. Tout prend un sens logique, dans un contexte précis, celui où Gauguin marque à son tour cette terre tropicale de son empreinte « sauvage », en harmonie avec ses idéaux artistiques comme humains. 

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Le primitivisme au delà de Gauguin…

Présentation du primitivisme

Detambel

Ayant déjà abordé Gauguin et sa vie dans les îles, il convient de nous intéresser au mouvement du primitivisme afin de mieux comprendre le rôle de Gauguin en son sein. Outre les articles encyclopédiques, certains sites ou blogs nous permettent d’avoir une nouvelle approche du sujet, plus critique. Ainsi, le site proche du blog de Régine Detambel, propose une approche transversale du primitivisme, présentant ses différents acteurs et précisant l’importance de Gauguin en son sein.

Nous présenterons d’abord ce site de façon formelle puis nous nous attacherons à son contenu.

D’abord, celui-ci se présente clairement grâce à une page d’accueil simple et à un menu présenté dans une colonne de gauche contenant 3 rubriques « écrire », « animer », « étudier ». Dans chaque rubrique, des onglets comme « essais », « conférence » ou encore « critique » nous permettent d’en savoir plus sur le travail de l’auteur. En effet, il est ainsi possible d’avoir accès à des documents tels que des vidéos, des post cast d’émission et des critiques de l’auteur. Ce blog a donc le mérite d’être clair, interactif et fonctionnel malgré le fait qu’il soit peu esthétique.

Mais il a également fallut s’interroger sur l’auteur pour pouvoir justifier la crédibilité de son propos… Ainsi une rubrique est destinée à sa présentation ce qui permet de donner plus de transparence à cette source. Régine Detambel est auteur depuis 1990 d’une œuvre littéraire publiée essentiellement chez Julliard, au Seuil et chez Gallimard. Elle a aussi été nommée chevalier des Arts et des lettres, lauréate du prix Anna de Noailles de l’Académie française et titulaire du prix Magdeleine-Cluzel pour l’ensemble de son œuvre. Ainsi, la multitude des prix dont elle a été récompensée peut laisser penser que ses publications sont fiables.

L’article en lui-même défini d’abord le primitivisme rapidement et en donne la genèse : Il nous explique que vers 1900 des artistes occidentaux s’intéressèrent fortement à des œuvres venues d’Afrique ou du Pacifique. Il raconte aussi le premier contact de cet art avec les artistes. Picasso et Matisse virent pour la première fois des statuettes africaines dans l’atelier de Derain vers 1905-1907. Derain avait été marqué par la visite en 1905 du « Musée nègre » de Londres (la collection ethnographique du British Museum) et cette vogue fut préparée par tout un mouvement ethnologique. Cela correspond à un véritable engouement en Europe à partir du XIXème siècle et se manifeste notamment pas le nombre croissant d’ouvertures de musées qui lui sont dédiés.

On peut ainsi lire que le primitivisme correspond à « la nostalgie éprouvée pour l’innocence d’un paradis perdu joint à l’insatisfaction manifeste, face à la civilisation occidentale » notamment de Paul Gauguin qui fut l’un des principaux initiateurs du primitivisme et l’un de ses fervents défenseurs. L’article revient aussi sur le grand rôle joué par le développement de la photographie comme modalité de représentations des arts japonais et du Pacifique dont s’inspirera l’artiste. Il s’agit donc d’un emprunt à ces arts primitifs.

L’article relate également de la tentative de l’historien de l’Art Robert Goldwater d’établir une typologie des différentes formes de primitivisme portées par les avants gardes dans son ouvrage Primitivism in modern Painting dès 1930. Ainsi, du « primitivisme romantique », édénique de Gauguin et des fauves qui aurait précédé en Allemagne le « primitivisme affectif » du mouvement die Brucke. Au primitivisme intellectuel de Picasso, s’oppose le primitivisme du subconscient du Douanier Rousseau, Paul Klee, Joan Miro ou Jean Dubuffet.

Mais l’auteur nous explique aussi la chute de ce mouvement : étant indissociablement lié à l’époque coloniale, il n’aura pas survécu au mouvement de décolonisation et à la mise à nu de ses idéologies.

Enfin, l’auteur donne une seconde définition du primitivisme entant que fascination pour les origines de l’Art et la lassitude des beautés classiques qui permettent la préférence donnée à des artistes ou à des époques dont l’Art était jusqu’ alors jugé archaïque. Ainsi, malgré le fait que cet article soit une présentation assez générale du primitivisme, il a pour intérêt de nous donner une idée plus précise de l’importance de Gauguin dans ce mouvement.

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