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Les peintres de Pont-Aven autour de Gauguin

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Les chaînes France Télévision, premier groupe audiovisuel français, proposent un site sur lequel sont regroupées leurs différentes antennes : France 2, France 3, France 4, etc. L’internaute n’a qu’à cliquer sur la chaîne qui l’intéresse pour retrouver les documents de son choix, classés par catégories répertoriées dans des onglets dès la page d’accueil : programmes télé, émissions en replay, vidéos… Voilà de quoi étendre et varier nos recherches !

En effet, chaque page d’accueil de chaîne télévisée présente une barre de recherche. Dans chacune d’elles, nous avons mené une exploration via le mot-clé « Gauguin », et c’est sur la page France 2 que nous avons retenu la ressource la plus intéressante…

France 2 est connue pour la diversité de ses petites émissions consacrées à la culture et aux loisirs. Toutes sont présentes et rediffusées sur le site de la chaîne. Tout est conçu de manière à naviguer facilement, afin de retrouver quelque chose en particulier, ou bien pour séduire l’internaute et le perdre dans le visionnage de contenus… bien mis en valeur ! Ludique, pratique, complet : la TV du net a su séduire les téléspectateurs pour les faire déplacer du canapé jusqu’à leur ordinateur ! Ah, la magie des ressources numériques

Trêve de plaisanteries.

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Ainsi, l’émission matinale « Télé Matin » présentée du lundi au samedi de 6h à 9h30 par William Leymergie, connait un succès considérable. Il s’agit d’un journal d’information où viennent se mêler des chroniques culturelles divertissantes et instructives : spectacles, librairies, cinéma, musique, mais aussi expos et musées !

Vous vous douterez bien que ce sont sur ces deux dernières chroniques que nous nous sommes penchées… Chacune présente les évènements de musées ou les expositions ayant fait l’objet d’une présentation par un chroniqueur de l’émission. Merveille : tout a été archivé par date, de jour en jour, avec le titre du sujet traité, depuis l’année 2010 ! Lorsque l’on clique sur un lien donné, nous sommes redirigés vers une page qui nous décrit précisément le sujet de la chronique, et souvent, les vidéos sont encore disponibles (mais malheureusement pas toutes, sans doute à cause de l’ancienneté de certains contenus).

Dans la chronique « Musées », c’est le titre « Les peintres de Pont-Aven autour de Gauguin » qui retiendra notre attention. Le samedi 9 février 2013 dernier, c’est le jeune chroniqueur Damien Thévenot qui présentait aux téléspectateurs matinaux l’exposition consacrée aux peintres de Pont-Aven et plus particulièrement encore : à Gauguin. Abritée du 12 janvier au 8 avril 2013 par l’Atelier Grognard (92), elle regroupait un grand nombre d’œuvres des peintres qui s’étaient réunis autour de Gauguin : Paul Sérusier, Emile Bernard, Maxime Maufra, Maurice Denis… En tout, près de 150 peintures, gravures et dessins ont été réunis, illustrant une période allant de 1886 aux années 1920. L’attrait de l’exposition : sur les 105 tableaux présentés et les 50 œuvres sur papier, 80% sont issues de collections privées et la plupart n’avaient jamais été présentées au public !

Ce petit reportage de 6,29 minutes seulement, évoque le cloisonnisme instauré par Gauguin, qui bouleverse les codes de la peinture classique. De même, il fait un point sur l’Ecole de Pont-Aven, sur les avantages que le lieu offrait aux artistes qui s’y rendaient… Le commissaire d’exposition Hervé Duval y est interviewé et nous explique rapidement la peinture de Gauguin : abandon de la perspective, élimination des détails, superposition des couches de couleur…

Comme le montre très bien la vidéo, Gauguin, bien que maître, n’a jamais cherché à imposer quoi que ce soit, mais explorait de nouvelles voies picturales autres que celles de la peinture classique. Il souhaitait une libération de l’artiste et des règles. Travailler librement, être audacieux et se détacher de ce qui avait été établi… Là était la philosophie artistique de Gauguin durant son séjour à Pont-Aven, alors même que cette Bretagne brute et sauvage qui lui plaisait tant constituait son premier pas vers le Primitivisme, auquel il se joindra par la suite pour ne plus s’en défaire.

Voici donc de quoi, une fois de plus, aborder l’histoire de l’art sous son angle le plus divertissant et accessible possible. Tous à vos écrans !

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Gauguin et les Nabis

Gauguin NabisLes Nabis sont un groupe d’artistes postimpressionnistes et symbolistes, né en 1888 sous l’impulsion de Gauguin et de Sérusier au sein de l’École de Pont-Aven. Universalis montre à nouveau dans son article sur ce groupe son efficacité quant aux descriptions et explications synthétiques des mouvements artistiques.
Nous avons déjà vu auparavant à quel point il est intéressant de relier la démarche primitiviste de Gauguin à ses premiers temps dits « symbolistes » et « synthétiques », car les préoccupations esthétiques qu’il a pu assouvir lors de ses voyages étaient déjà présentes dès son entrée à Pont-Aven et son travail avec les symbolistes.

Pour se pencher davantage sur ce courant en lien avec notre artiste, et pour changer des articles ou des blogs, nous avons choisi d’écouter la passionnante émission Les Mardis de l’expo de France Culture, proposée en rediffusion sur leur site, au sujet de l’exposition « De Gauguin aux Nabis – Le droit de tout oser » qui a eu lieu au musée de Lodève en 2010.  Dans son émission, Élisabeth Couturier invite Gilles Genty, historien de l’art et co-commissaire de l’exposition, François Fossier, historien de l’art et auteur de l’ouvrage La Nébuleuse Nabie, les Nabis et l’art graphique, ainsi que l’habitué critique d’art Clément Dirié, à discuter autour de l’exposition, et plus particulièrement au sujet des Nabis. Le podcast dure presque 59 minutes, mais pour les internautes pressés, se sont avant tout les 18 premières minutes qui nous intéressent, car c’est là que Gilles Genty souligne plus particulièrement la relation entre Gauguin et les Nabis.

Il évoque une consubstantialité entre l’aventure des Nabis et l’aventure de Gauguin, pour plusieurs raisons. Il y aurait eu un « passage de témoins » en 1886-88 lorsque Gauguin invente l’esthétique de l’École de Pont-Aven. L’emblématique oeuvre Le Talisman de Sérusier va être l’objet de ce passage entre Gauguin et les futurs Nabis : il reprend la matière et l’esthétique des tableaux de Gauguin. En effet, on remarque ici un passage au niveau de la forme mais aussi du fond, car un talisman a quelque chose à voir avec le magique, la sacralité. Genty nous éclaire alors concernant le lien entre les Nabis et Gauguin par la conception religieuse de l’art. S’ensuit une description de cette œuvre, qui nous aide d’ailleurs à mieux comprendre l’esthétique de Gauguin, notamment quant à son emploi des couleurs pures et à son style « cloisonné ». Plus d’informations nous sont alors données sur le rôle important de Pont-Aven dans l’art de l’époque et la place de Gauguin qui y serait allé pour chercher un exil, quelque chose de « primitif « . Cette première recherche sera ensuite prolongée à Tahiti, car Gauguin va toujours cultiver ce retour à une enfance de l’art. Gilles Genty parle d’un « Primitivisme breton » dont Odilon Redon sera également une figure tutélaire pour les Nabis.

Paul Sérusier, (1864-1927), Le Talisman, l'Aven au Bois d'Amour, 1888, huile sur bois, 27 x 21 cm, Musée d'Orsay, Paris.

Paul Sérusier, (1864-1927), Le Talisman, l’Aven au Bois d’Amour,1888,huile sur bois, 27 x 21 cm, Musée d’Orsay, Paris.

Francois Fossier, quant à lui, se concentre (mais avec une voix plus soporifique que Genty) davantage sur les Nabis, et nous parle de leur esthétique et de leurs thématiques. Il rappelle que les Nabis ne sont pas l’expression unique du symbolisme, et qu’ils suivent un certain nombres de personnalités diverses. Selon lui, l’intérêt principal apporté par les Nabis serait cette cohésion entre certains nombres d’inspirations et mise en pratique avec une sorte de « laxisme », en partant d’une idée qu’ils remodèlent par la suite.

Finalement, Clément Dirié nous offre une ouverture digressive en lien avec l’art contemporain, sur les endroits qui, comme Pont-Aven, cristallisent les mouvements, avec notamment le Black Mountain College, école qui rejoint les Nabis dans la mesure où les deux cercles sont interdisciplinaires.

Si Les Mardis de l’expo sont construits comme une « visite privilégiée » dans une « exposition réelle ou virtuelle », et si les informations regroupées autour du sujet sont très intéressante et faciles d’accès, il convient de mentionner le fait qu’aucune information précise n’est donnée sur l’exposition elle-même ! Peut-être que les auditeurs aimeraient en savoir plus sur l’organisation de l’exposition et ses thématiques, avant de devenir spécialiste des Nabis. Car en effet, peu de ressources mentionnent cette fameuse (ou non) exposition au musée de Lodève. Même le site du musée, qui a d’ailleurs l’apparence d’un site en travaux, avec peu de contenu, la mentionne de façon très succincte dans un petit article des expositions passées. Pour avoir plus de renseignements sur l’exposition elle-même, nous devons passer par des articles assez sérieux (sur le site de France 2) et d’autres un peu moins fiables mais  toujours plus informatifs que le musée de Lodève (le site Hdhod).

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El Museo Thyssen-Bornemisza

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Musée d’art ancien, moderne et contemporain situé dans la capitale espagnole, le musée Thyssen-Bornemisza de Madrid possède une collection importante d’œuvres du XIXème siècle et de l’impressionnisme, mais aussi des avant-gardes du XXème siècle, dont une dizaine d’œuvres de Paul Gauguin.

Son site internet est tout à fait remarquable et nous avons été agréablement surprises de l’ensemble des contenus et services qu’il offre aux internautes…

Avant toute chose, soulignons l’avantage de cette page d’accueil à l’interface plaisante, épurée et fonctionnelle. Seul bémol ? Les deux versions qui sont proposées sont en anglais et en espagnol. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter à cela, vous passeriez à côté d’une perle du net… que nous allons analyser pour vous !

Comme tout bon site normalement constitué, une barre de recherche sur la droite permet de procéder à des recherches directes et rapides. Si l’on y tape « Paul Gauguin », on accède à une liste de résultats en lien direct avec l’artiste ou bien qui y sont rattachés de manière plus générale. On peut alors lire une biographie de Gauguin et un commentaire pour chacune de ses œuvres que le musée détient ! Photographie des objets, légendes, explications… De véritables petites fiches de présentation, comme peuvent le proposer les musées du Louvre et d’Orsay, à la différence que les notices ne mentionnent pas de références bibliographiques sur lesquelles nous pourrions nous rediriger. En revanche, le musée Thyssen nous propose d’autres artistes ou pièces pouvant être rattachés à notre objet d’étude initial : artistes de la même période chronologique, du même courant artistique, etc.

A droite, une succession d’onglets nous redirigent vers les thèmes de notre choix…

  • « Collections » ouvre sur une page qui nous explique les provenances des collections et donc des œuvres, des acquisitions, etc. puis donne accès à des sous-rubriques telles que « artistes » (répertoriés par ordre alphabétique), « chef-d’œuvre »…
  • Il est même possible de visiter virtuellement l’intégralité du musée ! Ses niveaux et ses salles ont été filmés de sorte qu’un logiciel nous permet, à l’aide de quelques clics seulement, de déambuler au sein de l’établissement et devant les œuvres ! On accède ainsi aux plans du musée, on évolue de salle en salle et un guide audio traduit dans cinq langues différentes, y compris en français, est mis à notre disposition ! Si l’on clique sur une œuvre, le site nous redirige vers sa fiche de présentation explicative… Une visite virtuelle ludique, maniable et pratique, mais surtout enrichissante puisqu’elle nous permet de visiter le musée et d’admirer ses œuvres  comme si nous y étions… ou presque.
  • Dans la rubrique « Expositions », le musée répertorie les expositions passées, en cours et prochaines. Et c’est ici qu’une ressource en particulier a retenu notre attention… Du 9 octobre 2012 au 13 janvier 2013, le musée a abrité une exposition « Gauguin and the Voyage to the Exotic ». L’ensemble de l’expo a été numérisé et archivé : présentation, blog retraçant la réalisation, brochure, vidéos et visite virtuelle… Tout est à notre disposition pour découvrir ou bien pour revivre l’évènement ! Et ceci est aussi valable pour un tas d’autres expositions qui ont eu lieu dans ce même musée. Un atout gigantesque, que l’on savoure grandement.
  • « Studies of the Collection » contient tout autant de merveilles. En effet, le musée publie en ligne des articles de son périodique Open Windows : en français Fenêtres ouvertes, titre qui n’est pas sans rappeler la célèbre métaphore d’Alberti dans son traité De Pictura. La revue en ligne réinterprète des œuvres du musée à la lumière de nouvelles découvertes. Elle paraît trois fois par an et constitue le fruit des recherches menées par l’équipe de conservation, qui remet ainsi à jour connaissances et interprétations des œuvres auprès de la communauté universitaire comme du grand public intéressé. De même, « Restauration » nous fait part des travaux de recherches ou de restauration que le musée a effectué et en explique tant les enjeux que les techniques employées. Dans « Technical Studies » (Etudes techniques), on accède à des dossiers numériques décrivant les restaurations intégrales d’œuvres : démarches suivies, outils et méthodes employés… le tout richement documenté et illustré.
  • Les rubriques qui suivent permettent de s’informer sur le musée en lui-même ainsi que sur les activités et évènements qui y prennent lieu.

Revenons aux ressources en lien avec notre sujet et commençons par nous pencher sur la brochure de l’exposition qui nous intéresse.

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Les textes sont, là aussi, transcrits en espagnol et en anglais. Ils suivent le plan de l’exposition, qui comprenait les thématiques principales suivantes :

–          La figure de Gauguin et le Primitivisme exploré dans sa version exotique, en Martinique puis à Tahiti

–          L’influence de ses œuvres dans l’art moderne et les avant-gardes du XXème siècle

–          La conception moderne de l’exotisme et son rapport avec l’ethnographie

Chaque problématique abordée dans l’exposition est traitée dans la brochure au travers d’une explication concise et d’une toile illustrant le propos… Le tout en ressort salutaire car très instructif :

« Invitation au voyage » : Gauguin, tout comme Delacroix, fut l’un des premiers artistes à peindre des paysages d’ailleurs. Les siens, emplis d’exotisme et de couleur, révèlent souvent des scènes intimes dépeignant les populations indigènes et leurs modes de vie.

« Aller et retour, Martinique » : l’importance décisive de son séjour là-bas dans les années 80, en tant que première expérience de voyage comme peintre à proprement parler, mais aussi parce qu’après cela, Gauguin ne quittera plus jamais sa quête du Primitivisme qu’il cherchera sous toutes ses formes dans le Pacifique.

« Le Paradis Tahitien » : isolé dans son nouvel atelier d’Océanie, Gauguin réalise un grand nombre d’œuvres que lui inspire la culture maorie. D’abord dans un style synthétique où « couleur » prime sur « forme » puis, plus tard, dans une ambiance plus mystique et sombre, révélatrice de la détérioration des santés physique et morale de l’artiste.

« Sous les Palmiers » : arrivé à Tahiti, Gauguin a vite su allier Primitif et Sauvage au sein de sa production. Pour lui tout est clair : il n’est plus question d’imiter simplement la Nature, mais de transcrire les sensations éprouvées lorsqu’on la contemple au travers de ses rêves. La relation entre la Nature et le Sauvage, réelle ou imaginaire, est le moyen de retrouver bonheur et innocence, le vrai sens de l’art. Cette vision des choses sera aux sources mêmes des inspirations d’artistes tels qu’Henri Rousseau et Matisse, Emil Nolde et Max Pechstein ou encore Août Macke et Franz Marc. Le « monde de la jungle » permet ainsi de surmonter la crise des valeurs esthétiques, morales et politiques et d’atteindre, au-delà des limites imposées par les règles académiques de l’époque, des expressions et canons artistiques nouveaux.

« L’artiste ethnographe » : cette appel de la différence, qui est à l’origine du développement du Primitivisme chez (et par) Gauguin, est largement visible dans les nouvelles relations que les artistes entretenaient avec l’ethnographie. Le Primitivisme nous rallie au « Primitif », à « l’Autre » au travers d’une l’image qui nous est dépeinte et que nous regardons. On y admire l’étrange, la différence. Gauguin fut le premier à être séduit par cette différence au point d’y consacrer entièrement sa vie et son art…

Ainsi donc, la brochure numérisée cerne l’essentiel de l’exposition et nous le livre en quelques pages.

Le blog du « making of » nous renseigne quant à lui sur la mise en place de l’exposition : de l’accrochage des tableaux à la réalisation du catalogue, en passant par la prise en charge des œuvres. Ceci est extrêmement intéressant, d’autant plus que ce type d’informations n’est que rarement accessible au public… Pourtant, elles permettent de se rendre bien compte du travail que tout cela implique et pour les étudiants qui rêvent de devenir commissaire d’expositions, disons que… « Ça met l’eau à la bouche » !

Il est aussi possible de visionner des vidéos qui présentent l’exposition ainsi que le cycle de conférences  « Paraísos » (Paradis) organisé par le département de Peinture moderne du musée, en lien avec l’exposition, mais… En espagnol non sous-titré : avis donc aux bilingues ou aux plus courageux d’entre vous !

En conclusion…

Photographies, commentaires, revues et brochures numérisées, visites virtuelles… Une diversité des médiums, une richesse informative et visuelle telles qui font que ce site de musée s’impose comme un élément incontournable dans notre discipline. En fait, il entre parmi les 151 institutions ayant rejoint le « Google Art Project » qui, grâce à sa nouvelle technologie Street View, a permis la numérisation en 3D de 32000 œuvres, dispersées partout dans le monde dans une quarantaine de pays. Les œuvres, l’art et son histoire et donc la culture se retrouvent en haute résolution sur nos écrans, à portée de main. Des musées virtuels que l’on apprécie tant lorsque l’on ne peut se déplacer que pour préparer sa visite !

Et sans oublier que dans le cadre de nos recherches personnelles, de pareilles ressources sont un accès direct à des données fiables et captivantes… Tout ce qu’on aime !

(Un bonus pour les hispanophones : un article à propos de l’exposition, publiée sur le site « El Cultural ».)

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La Vision après le sermon : du Synthétisme au Primitivisme

Paul Gauguin, La Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l'ange, 1888, huile sur toile, 72.20 x 91.00 cm, National Galleries of Scotland, Edinburgh.

Paul Gauguin, La Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l’ange, 1888, huile sur toile, 72.20 x 91.00 cm, National Galleries of Scotland, Edinburgh.

Pour comprendre l’attrait de Gauguin pour l’art primitif et son évolution progressive vers ce style, il conviendrait de se pencher d’abord vers les oeuvres antérieures à ses voyages.

La Vision après le sermon, réalisée en 1888, ressort parmi celles-ci. Elle est la première œuvre dite « synthétique » de Gauguin, et marque son entrée dans le mouvement symboliste. La toile est définie comme l’oeuvre-clé du Synthétisme dans la mesure où représente un point de vue subjectif, la vision (biblique) des nonnes mais aussi celle du peintre, dans une synthèse avec l’observation du monde et les considérations esthétiques propre à l’artiste. Ce tableau met donc en adéquation trois éléments essentiels : la réalité objective des apparences, le monde intérieur de l’artiste, et les possibilités formelles de la ligne et de la couleur, moyens expressifs à part entière.
S’il a été réalisé avant la découverte par Gauguin des cultures primitives et de l’exotisme, elle peut être comprise comme un « jalon capital de son primitivisme », selon Barthélémy Jobert, spécialiste de l’art européen du XIXème siècle, dans son article Universalis concis mais efficace. En effet, La Vision après le sermon s’inspire avant tout des estampes japonaises, telles que celles d’Hiroshige, mais préfigure le style « primitif » du peintre de par son assimilation symboliste de thèmes et de motifs culturels ainsi que par la stylisation des éléments formels du tableau (planéité, couleurs vives et contrastées, etc.).

En s’intéressant de plus près à cette oeuvre, tout simplement sur la recherche Google, on découvre rapidement qu’elle a été exposée temporairement au Musée des Beaux-Arts de Quimper en 2009. À partir du site du musée, par ailleurs très joli et agréable, on accède facilement à un dossier de presse réalisé pour l’exposition, en version pdf. De source a priori fiable, bien que l’auteur ne soit pas précisé, ce document resitue l’œuvre dans son contexte, notamment avec le rôle de Gauguin dans l’École de Pont-Aven, la décrit et l’analyse, et offre également une chronologie de l’artiste. Bien que cette ressource ne traite pas du primitivisme à proprement parler, elle n’en demeure pas moins intéressante pour comprendre l’évolution progressive et complexe de l’artiste vers son style de prédilection. Le Christ Jaune, œuvre dont nous avons déjà parlé dans un article antérieur, fait également partie de ces tableaux symbolistes préfigurateurs d’un style qui se détachent du naturalisme (héritage de l’Impressionnisme) pour favoriser le style primitif.

Le Musée des Beaux-Arts de Quimper a également mis en ligne un « Dossier pour professeurs« , réalisé par l’animateur du patrimoine Jean-Philippe Brumeaux, le conseiller départemental arts plastiques Didier Frouin, la conservatrice Nathalie Gallissot ainsi que par le conseiller-relais Yvon Le Bras. Pour compléter le dossier de presse, plus général, ce dernier document approfondit certaines notions au sujet de l’œuvre de Gauguin, notamment la composition, la couleur, les influences du peintre, et joint même quelques « pistes pédagogiques » pour mieux comprendre les œuvres en général (p.14 à 20).

Le détour par cette œuvre à moitié hors-sujet est enrichissante à plusieurs niveaux : non seulement il nous permet de mieux cerner le style de Gauguin, qui a évolué de l’Impressionnisme au Primitivisme en passant par le Symbolisme et le Fauvisme (tendances qui sont toutes liées), dont le synthétisme se retrouvera dans nombre de ses œuvres réalisées sur les Îles, mais il nous amène également à consulter plus assidûment les sites de musées qui souvent souvent généreux en documents informatifs, ainsi que les articles plus pointus (il faut avoir l’idée de taper un nom de tableau sur Universalis, par exemple). À notre grande surprise, on peut même tomber sur un article intéressant sur… le site du cinéclub de Caen !
(Pour les germanistes, un très bon article explicatif paru dans la Neue Zürcher Zeitung, qui fait également des parallèles avec le style primitif de Gauguin.)

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Gauguin – Tahiti, l’atelier des Tropiques

(Couverture du Catalogue d’Exposition)

Du 3 octobre 2003 au 19 janvier 2004 se déroulait, dans Galeries nationales du Grand Palais de Paris, l’exposition « Gauguin – Tahiti, l’atelier des Tropiques ».

Cent ans plus tôt, le 8 mai 1903, Gauguin mourrait chez lui aux Iles Marquises. Rendre hommage à l’artiste et regrouper des œuvres conservées dans les musées du monde entier, tels étaient les objectifs premiers de cet évènement. Et ils furent largement atteints, puisque l’exposition est parvenue à regrouper deux cent vingt pièces appartenant à toutes sortes de collections, provenant d’Europe, des Etats-Unis, de Russie ou encore du Japon. Peintures, sculptures, dessins, aquarelles, gravures, mais aussi ses manuscrits… Tout a été réuni pour représenter au mieux, les questionnements et productions artistiques de Gauguin. La sélection des œuvres s’est concentrée sur les deux séjours de l’artiste dans le Pacifique (Tahiti et les Iles Marquises) ainsi que sur sa toile manifeste D’où venons-nous ? Que sommes–nous ? Où allons-nous ? (Boston, Museum of Fine Arts), que nous avons déjà abordée dans l’un de nos précédents articles, et qui fut traitée comme le « centre » même de l’exposition.

Au sujet de cette exposition, un article intitulé «  Gauguin et Tahiti », tiré du magazine Art Tribal, a entièrement été numérisé puis diffusé via le site des Editions D. Comme elles l’expliquent dans leur présentation, que l’on trouve sur le site : « Les Editions D sont actives dans le domaine de l’ethnologie, de l’anthropologie, des arts primitifs, des voyages et de la photographie. ». Notre sujet étant en rapport avec les arts primitifs, d’autres sciences humaines telles que l’anthropologie, ce site des éditions D se retrouve particulièrement intéressant dans le sens où il met à notre disposition toutes sortes de contenus, qui à la base sont publiés en version papier : albums, catalogues, magazines… Elles publient également « des ouvrages illustrés et, jusqu’à récemment, un magazine international: Art Tribal » auquel nous nous intéresserons ici.

Le site des EditionsD présente les ouvrages récemment publiés ainsi que les magazines dans des rubriques accessibles dès la page d’accueil. Chaque livre/magazine est décrit dans son ensemble puis, parfois, rattaché à des articles de presse numérisés. L’interface est claire, intuitive… On y navigue avec aisance et plaisir, pour y découvrir un contenu diversifié et enrichissant toujours en rapport avec les disciplines et domaines que nous avons évoqué ci-dessus.

Magazine récent, Art Tribal est le premier trimestriel à être uniquement consacré aux cultures africaines, asiatiques, américaines et d’Océanie. Certains de ses articles sont consultables sur le site des Editions D sous forme de PDF, nous offrant ainsi, en plus d’un accès libre aux contenus en question, une qualité de lecture remarquable aussi bien pour les textes que pour les illustrations qui les accompagnent.

L’article « Gauguin et Tahiti » est issu de l’exemplaire Art Tribal 03, ÉTÉ AUTOMNE 2003. Il a été rédigé par Philippe PELTIER, conservateur au musée du quai Branly et responsable de l’unité patrimoniale Océanie-Insulinde. Il a été le commissaire de nombreuses expositions dans ce musée et possède une formation d’ethnologue et d’historien d’art. On sait, dès lors, que cette ressource est de nature « sûre ».

Le document a été publié pour présenter l’exposition avant son ouverture au public. Il comporte un écrit relativement biographique expliquant au lecteur de quelle manière Gauguin s’est retrouvé à Tahiti puis aux Marquises et dans quels contextes (politique, social, historique, etc.), ainsi que ce qu’il a trouvé et fait là-bas… En parallèle, on remarque et on apprécie la présence d’œuvres de Gauguin (légendées et parfois commentées) qui allaient constituer l’exposition et qui illustrent le propos du conservateur. Mais ce que l’on apprécie davantage encore est la confrontation avec d’autres documents et œuvres (photographies des populations indigènes, objets traditionnels tels que des statuettes, des plats ou encore des bijoux…), non signées par la main de l’artiste, mais qui nous montrent l’univers dans lequel il était plongé et qui l’a largement inspiré dans sa production personnelle.

Garantie du contenu produit par un conservateur et historien de l’art, rapport avec le Primitivisme chez Gauguin explicité au travers de l’écrit comme des illustrations, accès libre (gratuit) à un article de magazine… Autant d’avantages qui font de cette ressource numérique un apport sérieux et conséquent que l’on n’hésite pas à privilégier dans nos recherches !

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Gauguin vu par Londres

L’exposition sur Gauguin à la Tate Modern

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La Tate Modern, récent et immense musée d’art contemporain londonien, est l’un des seuls musées qui propose sur son site une rétrospective complète de ses expositions, et notamment au sujet de Gauguin, du moins parmi les nombreux lieux qui ont réservé leurs salles à l’artiste ces dernières années (les musées de Zurich, de Seattle, de Boston…). Non seulement le site en lui-même est riche en informations et bien organisé, mais en plus les curateurs ont pris le soin de permettre à ceux qui ont raté l’exposition d’y accéder en retranscrivant les textes muraux qui devaient sans doute se trouver dans chaque salle.
Cette page du site est divisée en plusieurs parties thématiques, qui correspondent aux parties de l’exposition : tout d’abord, un onglet nommé « Gauguin » présente l’artiste de façon générale, en joignant une vidéo de ses correspondances lues accompagnées d’images. La vidéo est bien faite, mais ne nous sera pas d’une grande utilité étant donné que les correspondances de Gauguin nous sont déjà fournies par le site de l’INHA.
Les autres onglets sont organisés selon les thèmes que l’on retrouve dans ses œuvres (par exemple, le thème du sacré) et par périodes de la vie de Gauguin, et chaque partie fournit beaucoup d’informations sur le peintre, mais avec l’avantage, contrairement à d’autres sites trop chronologiques et biographiques, de donner au lecteur un autre point de vue : celui du commissaire d’exposition. Il est donc intéressant de pouvoir se renseigner sur Gauguin en se laissant guider suivant des grands thèmes qui regroupent des informations à la fois artistiques, biographiques et sur l’art moderne en général. En ce qui concerne notre sujet, il y a même quelques thèmes liés à son époque primitiviste, mais ils sont très brièvement abordés. Même si ce n’est qu’un angle d’approche parmi d’autres, aborder les oeuvres de Gauguin sur internet en suivant une logique d’exposition est toujours enrichissant.
A ce sujet, Marc Lenot, amateur d’art pour Le Monde, commente cette exposition dans son blog Lunettes Rouges, et en critique l’agencement des oeuvres.
Toujours est-il que sur la version numérisée de l’exposition, qui nous intéresse ici, sert comme appui aux propos auelques images, bien choisies, légendées et de très bonne qualité, mais il est tout de même dommage d’avoir un si petit aperçu des œuvres exposées. Cependant, on remarquera dans les articles que certains mots-clés soulignés en bleu mènent vers d’autres pages pour plus d’informations. Par exemple, le tag « Gauguin » nous redirige vers une page du site consacrée à l’artiste, avec quatre œuvres numérisées, d’autres mots-clés pour trouver des artistes et courants similaires, ainsi qu’un diaporama d’œuvres d’ « artistes qui pourraient vous intéresser ». Le site de la Tate utilise ainsi la personnalisation afin de permettre au visiteur de se renseigner et de plus en découvrir.
Enfin, le grand plus de ce site, en ce qui nous concerne, est le guide de l’exposition qui peut être téléchargé en français sous pdf, histoire de nous éviter de faire de la traduction.
En un mot, site clair et concis, informatif mais sans plus, avec quelques œuvres graphiques à disposition, et donc une bonne base pour l’élaboration de notre blog.

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