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Fan de Gauguin

Gauguin fan est un blog personnel sur Blogspot, site tout aussi facile d’exploitation que WordPress, bien que plus simple d’apparence. Il propose, en sous-titre, une « étude de la personnalité, de la motivation et de l’art de Paul Gauguin ». Étant donné le titre et les ambitions posées, nos espérances sont grandes, mais le résultat est moins convaincant.
Commençons par l’organisation visuelle du blog. Premièrement, nous remarquons l’absence de pages, ce qui empêche à l’internaute de s’orienter plus facilement sur l’interface. L’auteur a organisé (assez maladroitement), des catégories pour trier ses articles et ses onglets : dans « Image Sources », il précise l’origine des images, ce qui est toujours bienvenu, dans « Italian Art », qui est complètement hors-sujet, on retrouve néanmoins une version numérique de l’ouvrage Noa-Noa en anglais, dans les archives de « Mars 2007 » sont regroupées les commentaires d’œuvres concernant sa période primitiviste, et dans les archives de « Février 2007 », quelques commentaires d’œuvres symbolistes. Les articles sont par ailleurs classés en ordre chronologique, du plus ancien au plus récent (de 1886 à 1896).
Le blog offre ainsi de n0mbreux commentaires d’œuvres, toujours en anglais. Les images sont jointes, mais aucune légende précise n’est ajoutée. De plus, en dehors du manque d’informations à propos de l’auteur du blog, ce mystérieux inconnu ne cite aucune de ses sources, ce qui questionne la fiabilité de ses propos, qui ne sont pourtant pas inintéressants.
En effet, en dehors de ces nombreux bémols, le blog est intéressant sur plusieurs points. Pour chaque œuvre, nous avons le droit à une petite mise en contexte, avec soit des renseignements biographiques sur Gauguin, ou alors des informations d’ordre esthétique, concernant ses techniques picturales. Par exemple, si l’on en croit ses dires, nous apprenons que Gauguin était mécontent de son tableau Ta Matete de 1892. À plusieurs reprises, nous retrouvons la critique assez commune de l’emploi de stéréotypes et d’idéalisations par Gauguin, mais elles ne sont que brièvement évoquées, et parfois récusées. Il mentionne aussi souvent l’emploi du synthétisme dans les œuvres primitives de Gauguin, ce qui est une bonne remarque. Les œuvres sont décrites un peu à la va-vite, sans analyse picturale poussée, ce qui est un peu dommage, et souvent le lien entre le contexte biographique et les éléments picturaux sont un peu précipités. Par exemple concernant Eiaha Ohipa (Ne pas travailler), il établit un lien direct entre l’acceptation de Gauguin de son échec matériel et son retour à des sujets plus simples et moins idéalisés. Cela ne veut pas dire que le rapprochement est fallacieux, simplement le lecteur voudrait éventuellement avoir plus d’informations à ce sujet.

Malgré l’organisation maladroite du blog, les articles restent intéressants pour l’internaute qui veut découvrir les œuvres de Gauguin sans avoir trop d’informations. Cependant, les commentaires, qui restent judicieux, mériteraient d’être complétés de sources ou d’autres indications pour le lecteur, car il reste ici dans le superficiel. Un vrai « fan » de Gauguin aurait sans doute fait une étude plus approfondie de son peintre favori !

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« L’art de demain se trouve dans la peinture de Gauguin »

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Pendant longtemps, l’Histoire de l’Art a considéré que Fauves et Nabis étaient en rupture totale avec l’Impressionnisme et le Post-Impressionnisme. Mais chez Gauguin, premier peintre à avoir inspiré les artistes de ces mouvements, il y a une réelle filiation entre l’Impressionnisme et l’Ecole de Pont-Aven. De ce fait, cette rupture est déjà à revoir. Et pour cela, concentrons-nous, le temps de cet article, sur les Fauves…

Le Fauvisme est un mouvement pictural français qui apparait à l’aube du XXème siècle. Il s’inscrit alors dans une continuité des recherches esthétiques menées au travers de l’Impressionnisme, du Néo-Impressionnisme et des Nabis.

Arrêtons-nous un instant sur un site qui a retenu notre attention, et qui nourrira également notre propos. Le site http://www.histoiredelart.net/ propose une chronologie très bien réalisée des courants picturaux qui se sont succédés du XIème siècle jusqu’à nos jours. Tout n’est pas mentionné, sinon l’essentiel, et les dates ne restent qu’approximatives… Néanmoins elle permet de mieux se rendre compte de quel mouvement est apparu avant un autre, ou bien simultanément, etc. et ainsi, de mieux les confronter. Surtout lorsqu’il s’agit, comme ici, d’une période relativement riche en émulations artistiques. Par ailleurs, on note que ce site, très esthétique et agréable d’un point de vue de son interface, constitue une bonne ressource en ce qui concerne les généralités en Histoire de l’Art : chronologies donc, fiches de présentation des courants picturaux, listes d’artistes par siècle, quelques dossiers et analyses d’œuvres… En somme, de quoi renseigner globalement et agréablement sur un sujet qui reste assez vaste. Ainsi, on retient également sa présentation du Fauvisme, rattachée à des rubriques  telles que les peintres et les tableaux les plus célèbres du mouvement, ou encore une rapide mise au point sur le contexte politique… A nos yeux, www.histoiredelart.net entre donc parmi ces ressources qui « vulgarisent » l’histoire de l’art. Non pas en simplifiant ses enjeux et sa méthode, mais en lui prélevant son essence et en la présentant de manière attractive et accessible à un large public.

Revenons à Gauguin et à son influence sur les Fauves…

Le site du Centre Pompidou est relativement maigre par son contenu. Et nous devons avouer que ce n’est pas une adresse que nous nous plaisons à visiter. Ni pratique ni intuitif, peu de publications, de commentaires, de documents numérisés accessibles… Le musée ne semble pas vraiment s’investir dans le développement de son site. Aucune exposition archivée, collections non mises en avant et donc non consultables par les internautes, pas de visites virtuelles possibles (contrairement à certaines mentions visibles sur son interface qui pourraient laisser entendre le contraire : « centre pompidou virtuel »)… Manque de fonds ? Sans doute. Mais contrairement à d’autres sites de musées, français ou étrangers, que nous avons pu commenter… Beaubourg a du retard à rattraper ! Car les trois seuls onglets qui y sont affichés (« Centre Pompidou », « Visite » et « Agenda ») nous laissent sur notre faim.

Cependant, si l’on fait une recherche rattachée à Gauguin via sa barre de recherche, le musée nous dirige vers l’un de ses dossiers pédagogiques, très complet et intéressant, intitulé « Le Fauvisme et ses influences sur l’art moderne ». Quelques bonnes ressources sont finalement exploitables ! Fini les critiques, passons aux points positifs.

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Rédigé par Olivier Font, l’ensemble est structuré de manière à cerner les problématiques rapidement et à nous diriger vers les axes qui nous intéressent plus particulièrement, si on le souhaite. Une biographie sélective est aussi proposée, afin d’approfondir ses recherches à l’aide d’ouvrages consacrés à ce sujet et présélectionnés pour nous.

Présentation du mouvement, de ses caractéristiques, de ses artistes ainsi que de ses œuvres, ce document évoque également l’importance de Gauguin et du Primitivisme tout au long de l’article. Si le chapitre « Aux Sources du Fauvisme » ne le met pas vraiment en avant, c’est en lisant l’intégralité du dossier que l’on comprend réellement son rôle.

En effet, Gauguin a inspiré les Fauves dans le sens où la couleur devient l’élément essentiel dans le tableau. De même, comme l’explique parfaitement le site apparences.net (même type de site que histoiredelart.net) dans son article sur le Fauvisme : « L’enthousiasme pour la sculpture africaine et océanienne contribue également à diriger la recherche des fauves : il est fondé sur la conviction que l’art primitif réalise la synthèse de perception et d’expression recherchée par le peintre fauve lorsqu’il fait exploser sur la toile, les bleus, les rouges, les jaunes, les couleurs pures sans aucun mélange de tons. »

Ainsi donc, culture primitive et peinture de Gauguin ont dirigé les artistes tels que Matisse, Vlaminck, Derain ou Braque vers des travaux encore plus « sauvages » qui, peu à peu, ont fait disparaître le dessin au profit de larges zones recouvertes de « couleurs pures ».

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La Vision après le sermon : du Synthétisme au Primitivisme

Paul Gauguin, La Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l'ange, 1888, huile sur toile, 72.20 x 91.00 cm, National Galleries of Scotland, Edinburgh.

Paul Gauguin, La Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l’ange, 1888, huile sur toile, 72.20 x 91.00 cm, National Galleries of Scotland, Edinburgh.

Pour comprendre l’attrait de Gauguin pour l’art primitif et son évolution progressive vers ce style, il conviendrait de se pencher d’abord vers les oeuvres antérieures à ses voyages.

La Vision après le sermon, réalisée en 1888, ressort parmi celles-ci. Elle est la première œuvre dite « synthétique » de Gauguin, et marque son entrée dans le mouvement symboliste. La toile est définie comme l’oeuvre-clé du Synthétisme dans la mesure où représente un point de vue subjectif, la vision (biblique) des nonnes mais aussi celle du peintre, dans une synthèse avec l’observation du monde et les considérations esthétiques propre à l’artiste. Ce tableau met donc en adéquation trois éléments essentiels : la réalité objective des apparences, le monde intérieur de l’artiste, et les possibilités formelles de la ligne et de la couleur, moyens expressifs à part entière.
S’il a été réalisé avant la découverte par Gauguin des cultures primitives et de l’exotisme, elle peut être comprise comme un « jalon capital de son primitivisme », selon Barthélémy Jobert, spécialiste de l’art européen du XIXème siècle, dans son article Universalis concis mais efficace. En effet, La Vision après le sermon s’inspire avant tout des estampes japonaises, telles que celles d’Hiroshige, mais préfigure le style « primitif » du peintre de par son assimilation symboliste de thèmes et de motifs culturels ainsi que par la stylisation des éléments formels du tableau (planéité, couleurs vives et contrastées, etc.).

En s’intéressant de plus près à cette oeuvre, tout simplement sur la recherche Google, on découvre rapidement qu’elle a été exposée temporairement au Musée des Beaux-Arts de Quimper en 2009. À partir du site du musée, par ailleurs très joli et agréable, on accède facilement à un dossier de presse réalisé pour l’exposition, en version pdf. De source a priori fiable, bien que l’auteur ne soit pas précisé, ce document resitue l’œuvre dans son contexte, notamment avec le rôle de Gauguin dans l’École de Pont-Aven, la décrit et l’analyse, et offre également une chronologie de l’artiste. Bien que cette ressource ne traite pas du primitivisme à proprement parler, elle n’en demeure pas moins intéressante pour comprendre l’évolution progressive et complexe de l’artiste vers son style de prédilection. Le Christ Jaune, œuvre dont nous avons déjà parlé dans un article antérieur, fait également partie de ces tableaux symbolistes préfigurateurs d’un style qui se détachent du naturalisme (héritage de l’Impressionnisme) pour favoriser le style primitif.

Le Musée des Beaux-Arts de Quimper a également mis en ligne un « Dossier pour professeurs« , réalisé par l’animateur du patrimoine Jean-Philippe Brumeaux, le conseiller départemental arts plastiques Didier Frouin, la conservatrice Nathalie Gallissot ainsi que par le conseiller-relais Yvon Le Bras. Pour compléter le dossier de presse, plus général, ce dernier document approfondit certaines notions au sujet de l’œuvre de Gauguin, notamment la composition, la couleur, les influences du peintre, et joint même quelques « pistes pédagogiques » pour mieux comprendre les œuvres en général (p.14 à 20).

Le détour par cette œuvre à moitié hors-sujet est enrichissante à plusieurs niveaux : non seulement il nous permet de mieux cerner le style de Gauguin, qui a évolué de l’Impressionnisme au Primitivisme en passant par le Symbolisme et le Fauvisme (tendances qui sont toutes liées), dont le synthétisme se retrouvera dans nombre de ses œuvres réalisées sur les Îles, mais il nous amène également à consulter plus assidûment les sites de musées qui souvent souvent généreux en documents informatifs, ainsi que les articles plus pointus (il faut avoir l’idée de taper un nom de tableau sur Universalis, par exemple). À notre grande surprise, on peut même tomber sur un article intéressant sur… le site du cinéclub de Caen !
(Pour les germanistes, un très bon article explicatif paru dans la Neue Zürcher Zeitung, qui fait également des parallèles avec le style primitif de Gauguin.)

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Gauguin – Tahiti, l’atelier des Tropiques

(Couverture du Catalogue d’Exposition)

Du 3 octobre 2003 au 19 janvier 2004 se déroulait, dans Galeries nationales du Grand Palais de Paris, l’exposition « Gauguin – Tahiti, l’atelier des Tropiques ».

Cent ans plus tôt, le 8 mai 1903, Gauguin mourrait chez lui aux Iles Marquises. Rendre hommage à l’artiste et regrouper des œuvres conservées dans les musées du monde entier, tels étaient les objectifs premiers de cet évènement. Et ils furent largement atteints, puisque l’exposition est parvenue à regrouper deux cent vingt pièces appartenant à toutes sortes de collections, provenant d’Europe, des Etats-Unis, de Russie ou encore du Japon. Peintures, sculptures, dessins, aquarelles, gravures, mais aussi ses manuscrits… Tout a été réuni pour représenter au mieux, les questionnements et productions artistiques de Gauguin. La sélection des œuvres s’est concentrée sur les deux séjours de l’artiste dans le Pacifique (Tahiti et les Iles Marquises) ainsi que sur sa toile manifeste D’où venons-nous ? Que sommes–nous ? Où allons-nous ? (Boston, Museum of Fine Arts), que nous avons déjà abordée dans l’un de nos précédents articles, et qui fut traitée comme le « centre » même de l’exposition.

Au sujet de cette exposition, un article intitulé «  Gauguin et Tahiti », tiré du magazine Art Tribal, a entièrement été numérisé puis diffusé via le site des Editions D. Comme elles l’expliquent dans leur présentation, que l’on trouve sur le site : « Les Editions D sont actives dans le domaine de l’ethnologie, de l’anthropologie, des arts primitifs, des voyages et de la photographie. ». Notre sujet étant en rapport avec les arts primitifs, d’autres sciences humaines telles que l’anthropologie, ce site des éditions D se retrouve particulièrement intéressant dans le sens où il met à notre disposition toutes sortes de contenus, qui à la base sont publiés en version papier : albums, catalogues, magazines… Elles publient également « des ouvrages illustrés et, jusqu’à récemment, un magazine international: Art Tribal » auquel nous nous intéresserons ici.

Le site des EditionsD présente les ouvrages récemment publiés ainsi que les magazines dans des rubriques accessibles dès la page d’accueil. Chaque livre/magazine est décrit dans son ensemble puis, parfois, rattaché à des articles de presse numérisés. L’interface est claire, intuitive… On y navigue avec aisance et plaisir, pour y découvrir un contenu diversifié et enrichissant toujours en rapport avec les disciplines et domaines que nous avons évoqué ci-dessus.

Magazine récent, Art Tribal est le premier trimestriel à être uniquement consacré aux cultures africaines, asiatiques, américaines et d’Océanie. Certains de ses articles sont consultables sur le site des Editions D sous forme de PDF, nous offrant ainsi, en plus d’un accès libre aux contenus en question, une qualité de lecture remarquable aussi bien pour les textes que pour les illustrations qui les accompagnent.

L’article « Gauguin et Tahiti » est issu de l’exemplaire Art Tribal 03, ÉTÉ AUTOMNE 2003. Il a été rédigé par Philippe PELTIER, conservateur au musée du quai Branly et responsable de l’unité patrimoniale Océanie-Insulinde. Il a été le commissaire de nombreuses expositions dans ce musée et possède une formation d’ethnologue et d’historien d’art. On sait, dès lors, que cette ressource est de nature « sûre ».

Le document a été publié pour présenter l’exposition avant son ouverture au public. Il comporte un écrit relativement biographique expliquant au lecteur de quelle manière Gauguin s’est retrouvé à Tahiti puis aux Marquises et dans quels contextes (politique, social, historique, etc.), ainsi que ce qu’il a trouvé et fait là-bas… En parallèle, on remarque et on apprécie la présence d’œuvres de Gauguin (légendées et parfois commentées) qui allaient constituer l’exposition et qui illustrent le propos du conservateur. Mais ce que l’on apprécie davantage encore est la confrontation avec d’autres documents et œuvres (photographies des populations indigènes, objets traditionnels tels que des statuettes, des plats ou encore des bijoux…), non signées par la main de l’artiste, mais qui nous montrent l’univers dans lequel il était plongé et qui l’a largement inspiré dans sa production personnelle.

Garantie du contenu produit par un conservateur et historien de l’art, rapport avec le Primitivisme chez Gauguin explicité au travers de l’écrit comme des illustrations, accès libre (gratuit) à un article de magazine… Autant d’avantages qui font de cette ressource numérique un apport sérieux et conséquent que l’on n’hésite pas à privilégier dans nos recherches !

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Les identités géographiques de Gauguin

Paul GAUGUIN, Autoportrait, 1896, huile sur toile,Museu de Arte Brasileira, São Paulo, Brésil.

Paul GAUGUIN, Autoportrait, 1896, huile sur toile, Museu de Arte Brasileira, São Paulo, Brésil.

Le portail Persée est une bibliothèque en ligne et en libre accès de revues scientifiques françaises en sciences humaines et sociales, créée par le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et mise en ligne dès 2005. On y trouve plus de 350 000 documents, soit la plus vaste ressource d’articles de sciences humaines et sociales numérisés.
L’article L’exote, l’oviri, l’exilé : les singulières identités géographiques de Paul Gauguin de Jean-François Staszak y figure, et nous propose une nouvelle approche de l’art et de la personnalité de l’artiste : celle de la géographie. Son auteur est un géographe français, ancien maître de conférences à l’Université Paris I de Paris et actuellement en tête du département de géographie de l’Université de Genève. Il est également l’auteur de deux ouvrages sur Gauguin : Gauguin voyageur. Du Pérou aux îles Marquises, publié en 2006 aux éditions Solar/Géo, Paris, et Géographies de Gauguin, publié en 2003 chez Bréal, Paris, sur lesquels nous reviendrons.

Cet article de 21 pages, dont la version numérisée nous est offerte par Persée, est originellement publiée dans les Annales de Géographies de 2004, n°638-639.
La présentation simple voire simpliste du site de Persée cache un utilitarisme que l’on découvre rapidement. En tapant ses mots-clés, l’internaute tombe directement sur une liste exhaustive d’articles numérisés concernant son sujet, chacun étant accompagné de notices précises (revue dont il est tiré, numéro, pages), parfois même en hyperlien, pour mener vers d’autres articles, du même auteur par exemple.

J-F Staszak résume son entreprise dès la première page, à savoir l’étude des identités géographiques de Gauguin, qui s’est détaché d’un territoire pour aspirer à l’ailleurs, dans une « quête identitaire ».
Cette étude géographique des démarches du peintre nous donne un nouveau point de vue, de type scientifique, concernant son intérêt pour l’exotisme et les cultures dites « primitives ».

Dans son introduction, il explicite sa démarche et explique les différences de son approche avec les hypothèses jusqu’alors établies par les géographes au sujet des identités territoriales. Son positionnement s’articule autour de trois points :

  • L’identité comme représentation de soi même et comme fait subjectif
  • La prise en considération des comportements et des représentations sociales des acteurs
  • Le doute au sujet du territoire et de son rôle territorial.

Pourquoi Gauguin ? En tant qu’artiste, il exprime dans son œuvre ses « mondes intérieurs », mais assume aussi entièrement la composante géographique qui rythme son parcours et son art.

L’article de J-F Staszak est organisé en 5 chapitres thématiques:

  • Chapitre 1er : L’aspiration de Gauguin à l’autre et à l’ailleurs.
    Après un petit inventaire des voyages du peintre, il tente d’examiner son identité géographique complexe et instable, à travers les faits, ses correspondances, ses écrits et son œuvre plastique. Il en conclut qu’ « exotisme, primitivisme et quête intérieure sont donc mêlés dans son projet géographique. » (p.370)
  • 2nd Chapitre : Une invitation au voyage dans l’air du temps.
    Le projet de Gauguin s’ancre dans « l’antimodernisme fin-de-siècle », qui recherche dans l’ailleurs des voies alternatives aux canons de l’époque. Gauguin serait nourri par la culture de son temps dont la tendance est d’aller puiser dans un autre imaginaire, avec les figures du Sauvage et de l’Oriental(e). Staszak définit ensuite l’identité historique et temporelle de Gauguin.
  • Chapitre 3 : Tahiti : l’exotique et l’exil.
    Dans son projet, Gauguin ne chercherait pas à se transformer, mais à se redécouvrir, ce qu’il ne peut pas faire en Occident. Le géographe précise également le comportement de « colon » du peintre, même s’il tente de faire croire qu’il est devenu maori. Son but, dans la quête de l’ailleurs, est de se singulariser et de renouveler son œuvre.
  • Chapitre 4 : Gauguin oviri ou exote ?
    L’auteur explique ici en quoi Gauguin se croit « sauvage », selon sa propre entente du terme complexe d’ « oviri ». Mais malgré cela, il reste occidental : « Le primitiviste n’est pas un peintre primitif, mais bien un artiste occidental. »
  • Chapitre 5 : Les Marquises : « le civilisé et le barbare en présence ».
    L’attitude de Gauguin aux Marquises évolue, et il lutte ouvertement contre le pouvoir colonial et défend les indigènes. Serait-ce un signe de changement dans son identité géographique ? Aux Marquises, la quête de Gauguin ne s’interprète plus comme « consommation de l’autre et de l’ailleurs ».

J-F Staszac conclut clairement et efficacement en définissant l’identité géographique de Gauguin comme étant à la fois individuelle et collective. Le peintre parvient à tirer profit de sa représentation géographique pour créer une œuvre singulière et originale, malgré la vision banale de l’exotique.

Cet article est très intéressant, à plusieurs niveaux. Non seulement il est très documenté, avec des sources précises, des citations tirées de correspondances ou d’écrits critiques, ainsi que des données historiques (dates, etc.), mais il a aussi l’avantage de proposer une approche quasi-scientifique du parcours de Gauguin et d’expliquer la notion de « primitivisme » sous le spectre de la représentation géographique de l’artiste et de son temps. Avec Persée, plus besoin de perdre son temps à fouiller dans les revues et magazines de bibliothèque ; même les articles de sciences humaines et sociales plus spécialisés y figurent ! Mais il faut cependant avouer qu’à propos de Gauguin, une version « histoire de l’art » de Persée serait idéale…

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L’Encyclopaedia Universalis

L’Encyclopaedia Universalis est une célèbre encyclopédie payante, disponible en version papier et sur internet. Déjà fort connue, il est tout de même indispensable de la présenter et d’évoquer ses articles relatifs à Gauguin et au Primitivisme. Il convient donc de rappeler qu’il s’agit d’une ressource documentaire pour l’enseignement, son contenu est donc d’ordre scientifique et les articles sont rédigés par des spécialistes. Il n’est cependant pas possible de voir qui contrôle la parution de ces articles en l’absence d’une rubrique de présentation.
Cependant, la page d’accueil est  bien organisée. D’apparence simple, elle contient une colonne de gauche classifiant sous forme d’onglet les différentes disciplines. Dans la colonne de droite ce trouvent des actualités et des suggestions d’articles. Le site propose aussi une médiathèque Universalis (images commentées, schémas… par disciplines telles que l’Art, la Philosophie, le Droit…agrémentés de sous catégories pour plus d’efficacité dans la recherche).
Le site guide le visiteur au long de sa recherche : il propose même une rubrique d’aide (colonne de gauche), très facile d’accès, ainsi que divers onglets permettant une meilleurs utilisation du site (« rechercher », « découvrir », « aide »).
De plus, un moteur de recherche se trouve en haut de la page d’accueil. En tapant « Paul Gauguin » nous accédons à 58 articles dont 17 ont été sélectionnés comme étant particulièrement pertinents. Les articles sélectionnés sont principalement des articles biographiques, des commentaires d’oeuvres tels que « La vision après le serment ou la lutte de Jacob avec l’ange« , d’exposition telles que celle intitulée « Van Gogh et Gauguin« . Le site présente aussi de nombreux articles où l’artiste est simplement cité (Impressionnisme…).
Concernant notre sujet, Barthélemy Jobert nous propose un article intitulé Gauguin et le « Primitivisme » (repères chronologiques). Il présente son travail sous forme de dates accompagnées d’un paragraphe explicatif de chaque évènement ou période de sa vie. Ce mode de rédaction a pour avantage de présenter de façon synthétique la vie de l’artiste en valorisant les points importants.
Il débute sa chronologie avec l’année 1886, date de l’installation de l’artiste à Pont Aven, en Bretagne. Il explique ainsi les débuts du primitivisme et cite : « J’aime la Bretagne: j’y retrouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le son sourd, mat et puissant que je cherche en peinture ». Il évoque aussi sa découverte des îles: d’abord Panama et la Martinique en 1887 et raconte l’évolution de l’artiste de l’Impressionnisme vers le Synthétisme. Nous découvrons ainsi que l’année 1889 marque la création du Christ Jaune inspirée d’un Christ en bois polychrome du XVII ème siècle de la chapelle de Trémolo aux environ de Pont Aven et que « Gauguin marque ainsi sa dette envers le primitivisme représenté ici par l’art populaire breton ». 
Entre l’année 1889 et 1890, il décide de partir s’installer à Tahiti. Ce projet se concrétisera d’avril 1891 à Juillet 1893, période qui marque son premier séjour tahitien. Il découvre ainsi la culture Mahori dont toute son oeuvre est imprégnée. Cette influence est notamment visible dans les titres (en tahitien) choisis. En 1894, il crée un ancien culte mahori et Noa Noa, manuscrits illustrés fondés sur son expérience tahitienne et sur la découverte de la civilisation polynésienne. En 1897, il peint le célèbre D’où venons nous? Que sommes nous? Où allons nous? exposé au museum of Fine Arts, Boston. Cette toile est testamentaire car il a alors décidé de suicider. Elle représente les différentes étapes de la destinée humaine mais dans une atmosphère exotique et primitive. Paul Gauguin s’installe enfin dans l’archipel des Marquises en 1901 et y décède le 8 mai 1903.
Ce site est donc assez diversifié quant aux articles proposés. De plus, l’article de Barthélémy Jaubert permet une vision globale de la vie et de la carrière de l’artiste. Il nous garantie également le sérieux des documents étudiés grâce à sa réputation scientifique.
File:Woher kommen wir Wer sind wir Wohin gehen wir.jpg
Barthélémy JOBERT, « GAUGUIN ET LE « PRIMITIVISME » – (repères chronologiques) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mars 2013. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/gauguin-et-le-primitivisme-reperes-chronologiques/

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