Archives mensuelles : avril 2013

Musée des beaux-arts de Lyon

Lyon

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon, fondé en 1801, détient en tout 2000 peintures dont 700 sont exposées au public, et parmi lesquelles apparaît, avec d’autres Impressionnistes, Paul Gauguin. Sans pour autant égaler le musée Thyssen-Bornemisza, son site est très bien organisé (plus clair que celui du MoMA) et fournit beaucoup de renseignements à l’internaute. Dans l’onglet « musée », nous avons accès à des informations à propos de sa fondation, de son histoire, et du bâtiment lui-même. Une visite virtuelle est proposée, mais elle s’avère décevante : il ne s’agit que d’une animation en 3D avec un tour panoramique de la cour intérieure. En revanche, les visites 360° sont plus intéressantes, car on a accès directement aux salles, avec la possibilité de faire des zooms modérés sur les œuvres. Dans la salle des Impressionnistes, on retrouve notre cher Gauguin avec son tableau Nave Nave Mahana de 1896. En cliquant sur le cadre, la notice s’affiche, ce qui marque un petit plus pour l’aspect interactif. Mais petit moins : le lien « + d’infos? » ne fonctionne pas, ou est mort. Pour accéder à la fiche de l’œuvre, il faut faire un petit détour par l’onglet « collection » du site, dans la catégorie « peintures ». Ici, le musée présente une sélection d’œuvres assez considérable, de Lucas Cranach à Francis Bacon, en passant par Ingres et Boucher.

Ainsi, nous avons accès à la reproduction de Nave Nave Mahana, avec une notice complète, des détails zoomés du tableau, et un petit commentaire de l’œuvre. Les 3 paragraphes du texte correspondent à la description, l’analyse thématique et l’histoire du tableau au sein du musée. Bien que le commentaire aie l’avantage d’être clair et concis, il reste peu édifiant. C’est alors que la petite case « en savoir + » vaut d’y faire un petit détour. Un petit texte retrace brièvement l’histoire de Gauguin à Tahiti, en soulignant la différence entre le premier séjour, « temps de l’éblouissement« , et le second, temps « de la solitude, de la maladie et de la dépression ».
Le site propose également un extrait (d’une minute 39) de l’audioguide à propos de l’œuvre, ce que peu de musées font. En un premier temps, nous avons à nouveau une description, plus creusée, de la scène et des couleurs. L’accent est mis sur l’aspect primitif de l’œuvre, rendu par l’immobilisme, la monumentalité des figures, la stylisation des formes et le rythme des éléments en frise. Ensuite, une voix d’homme lit un extrait du journal de Gauguin à propos de sa toile, dont il voulait que l’atmosphère soit « grave, comme une évocation religieuse ». À nouveau, on insiste sur l’écart entre la représentation paradisiaque et l’atmosphère réelle dégagée par les figures. On apprend à la fin que le musée de Lyon en fait l’acquisition en 1913, et qu’il s’agit alors de sa première œuvre achetée par un musée français.

Le musée des beaux-arts de Lyon s’avère généreux : il offre un aperçu et un commentaire de ses chefs d’œuvre, ce qui nous permet d’avoir accès de façon facile et agréable à ce très beau tableau de Gauguin, représentatif de son style primitif mais aussi de son état intérieur.

Poster un commentaire

Classé dans Musées et expositions

Gauguin : une personnalité qui fait polémique

Sans titre 1

Les Cafés Géographiques sont une association constituée « d’une poignée d’étudiants, anciens khâgneux à la Sorbonne qui, avec leur ancien professeur, veulent poursuivre les discussions de la prépa et refaire le monde. » En France mais aussi partout dans le monde, ces points Cafés sont animés par des membres ayant adhéré à l’association et qui animent ces originaux bistrots autour de débats portant sur la Géographie. Des passionnés, des amateurs mais aussi des spécialistes rejoignent l’étonnant projet, ce qui fait dès lors de ce regroupement une ressource intéressante.

Ils alimentent un site internet, depuis 1998, sur lequel se mêlent toutes sortes de contenus… Bien que l’interface ne soit que très peu attrayante car peu esthétique et mal organisée (on ne sait pas trop où donner de la tête), l’association se rattrape par la richesse des informations qu’elle met à notre disposition. Articles de présentation d’ouvrages, de films et même de cartes postales, dossiers à thèmes consacrés à des villes, partage de recettes culinaires du monde et même de quelques expos… L’association met également en ligne la programmation de ses cafés, par ville, bistrot, et thèmes ou débats qui y seront abordés chaque semaine. Aussi, des comptes rendus des cafés ayant déjà eu lieu ont été rédigés et mis en ligne.

Alors… Pourquoi vous présenter ce site étrange quand bien même la discipline autour de laquelle il se fonde n’est pas la nôtre ? Et bien pour vous montrer à quel point les sciences humaines croisent transversalement leurs différentes « branches » (le mot n’est pas choisi par hasard) d’abord, mais aussi les ressources numériques qui s’y rapportent. Quand on vous parle d’un réseau internet tentaculaire… Et oui ! Nous sommes face à des ramifications virtuelles qui semblent (presque?) inépuisables.

Pour preuve : cet article « Gauguin : colon ou sauvage ? » de Soizic Vasseur. Publié le 2 mars 2004 et visité pas moins de 8605 fois, cet écrit (aussi disponible en version imprimable) retranscrit le débat qui prenait lieu à La Taverne Saint-Germain (qui fait face au célèbre Café de Flore de Paris) le même jour.

Sans titre 1

Intérêt du débat : l’apport géographique tiré dans l’œuvre de l’artiste.

Gauguin est encore aujourd’hui fortement critiqué d’un point de vue de sa personnalité et de la vie qu’il a mené, dans le Pacifique surtout. Malade, alcoolique, entretenant des relations amoureuses avec de jeunes adolescentes… Son mode de vie choque et fait polémique. L’une des questions du débat : « génie ou salaud ? ». Comme le soulignera très bien Michel Sivignon, on peut parfaitement être les deux à la fois. Mais il faut, avant toute chose, tenir compte de l’époque et de sa mentalité, ainsi que du contexte dans lequel Tahiti était plongé lorsque Gauguin choisit d’y poser bagages…

La colonisation : quand Gauguin arrive là-bas, il est animé par une soif d’ailleurs et de découverte gigantesque. Dans un premier temps, en prenant compte de sa mentalité ainsi que des premiers tableaux qu’il peint, il nous est permis de dire que l’artiste « a consommé l’exotisme » comme un tout autre occidental banal, avec ses envies d’ailleurs, aurait pu le faire. C’est ensuite seulement, dans sa recherche d’un âge d’or du Primitivisme, qu’il se mettra à haïr l’administration coloniale puis ce qu’elle fera subir au peuple tahitien et à sa culture, dont il se fait défenseur.

Gauguin réalise alors que ce qu’il croyait avoir trouvé, à peine, avait déjà disparu sous l’oppression de cette société occidentale envahissante qu’il cherchait tant à fuir. Sans réellement discerner l’art de l’artisanat, la griffe de l’artiste s’est faite de plus en plus sauvage et mystérieuse. Au travers de ses toiles et de ses sculptures, il invente  alors un langage, son langage, par lequel il récrée tout un monde en voie de disparition. Et c’est cela, ici, qui intéressait les géographes : le monde peint selon Gauguin. Rêve ou réalité ?

Précurseur des mouvements avant-gardistes qui suivront, Gauguin a instauré un changement du regard de l’occidental sur « l’Autre » (le « sauvage ») et sur « l’art nègre ». Anticolonialisme ? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit « La Polynésie en générale est vue comme île de « l’amour », un paradis terrestre. Absence de péché, pas de culpabilité, nudité sans honte. » Et à partir de là… Gauguin ne se déplut pas à choquer.

1 commentaire

Classé dans Associations et projets culturels

Gauguin et Pont-Aven : première source d’inspiration

Avant de partir dans les îles, Gauguin trouva son inspiration première et le « sauvage » qu’il affectionnait dans le Finistère, à Pont-Aven. Là-bas, où se mêlent la campagne et ses rivières ainsi que la mer et ses plages, l’artiste peint et regroupe des artistes venus pratiquer à ses côtés, à la recherche de renouveau dans leur art.

JPEG - 84.2 ko

Paul Gauguin
Têtes de bretonnes
1894, Pastel
Pont-Aven, Musée municipal

Nous avons déjà abordé les programmes télévisés disponibles en rediffusion sur le net. Voici un nouvel exemple, qui ne surprendra sans doute personne mais qui conforte notre idée d’une diffusion des médiums et des ressources liées à l’Histoire de l’Art, et plus encore à notre sujet. TF1, l’une des chaînes télévisées françaises les plus connues et visionnées dans le pays, propose elle aussi son site de rediffusion, évidemment. Son interface est tout aussi claire et fonctionnelle que celle choisie par le groupe France Télévisions. En haut de la page d’accueil, la traditionnelle barre de recherche. Un peu plus bas, des onglets distribuant par thèmes les documents numérisés : société, monde, politique, économie, etc. Plus bas encore, le site offre la rediffusion de chacun de ses « Journal de 13h », magazines, et autres émissions ayant été retransmises en direct sur la chaîne. Jusqu’ici… Rien de bien original, mais avouez que chacun y trouve parfois son compte.

Sans titre 1

« Paul Gauguin ». Nos mots-clés, une fois encore, que nous lançons au travers de la barre de recherche. La liste des résultats nous offre quelques reportages pouvant être intéressants. Parmi eux : « Pont-Aven, source d’inspiration pour Gauguin », le plus en rapport avec notre sujet. Tiré d’un journal de 13h présenté par Jean-Pierre Pernaut, le reportage nourrit la série portant sur les lieux ayant inspiré de nombreux peintres. Courbet et Renoir, entre autres, avaient ainsi fait l’objet de reportages précédents, de même que Van Gogh à Arles allait être traité le jour suivant. Pendant un peu plus de trois minutes, les journalistes de la chaîne Dominique Lerain et Eric Delpech présentent Pont-Aven et les sites sur lesquels Gauguin aimait se rendre pour pratiquer. Le lieu, en plus de présenter une nature préservée aux multiples facettes plaisant au peintre, constituait une « retraite financière » bien plus paisible qu’à la capitale. En effet, Gauguin et les jeunes artistes qui le rejoindront sur place jusqu’à fonder la fameuse école de Pont-Aven, trouvent ici la possibilité de vivre à moindre coût, notamment grâce à la pension de Marie-Jeanne Gloanec, tout en ayant à leur disposition de quoi s’émerveiller, partout autour. C’est ainsi que Gauguin réalisera là-bas quelques-uns de ses tableaux les plus célèbres. En partant des croquis qu’il faisait en extérieur, il donna vie ensuite, dans son atelier privé, aux chefs-d’œuvre Le Christ Jaune (renvoyant directement au Christ de la Chapelle de Trémalo) ou encore à La  belle Angèle.

Paul Gauguin
La belle Angèle
1889, huile sur toile
Musée d’Orsay

Document journalistique, l’ensemble reste concis mais informatif, sans oublier bien sûr de mettre en avant la dimension touristique du lieu, où de nombreux visiteurs alliant vacances et culture aiment se rendre. Là-encore, de quoi rendre l’art de Gauguin plus attractif aux yeux des curieux amateurs, eux aussi en manque d’inspiration pour… leur destinations de vacances ?!

Poster un commentaire

Classé dans Programmes télévisés, Vidéos

L’influence du Primitivisme dans la naissance de l’Art Moderne

Insecula est un site proposant une sélection de musées du monde ainsi que de fiches d’informations sur les artistes et les oeuvres qu’ils contiennent. Il propose d’avantage de services à condition d’en être membre, mais il est déjà d’une grande richesse pour un simple internaute en quête d’informations… Ainsi la page d’accueil somme toute assez sommaire est en réalité très pratique d’utilisation. Outre une barre de recherche, elle renseigne sur les dernières destinations ajoutées et donne directement la liste des pays, ainsi que de leurs régions ou villes principales où se trouvent les musées principaux. Cet outil pourrait cependant être mieux exploité, notamment dans le cas de pays comme la France où seuls les musées parisiens ou versaillais sont répertoriés…. Si l’on clique sur l’un de ces musées, le site nous donne une description détaillée du musée, de son plan et ses départements. Le site propose ainsi une visite virtuelle pour chaque salle. Dans le cadre du Centre Pompidou, les rubriques proposées sont « Architecture intérieure », « Architecture extérieure », « Art contemporain », « Art moderne », etc… Elles correspondent aux noms des départements des musées. Ainsi, dans le cadre de notre recherche relative à Gauguin et au Primitivisme, le site propose une visite virtuelle de la salle intitulée: « Le primitivisme et le fauvisme, naissance de l’Art moderne ».

Cette visite aborde l’influence du primitivisme sur l’Art moderne. Il évoque de ce fait l’influence de peintres comme Van Gogh ou Paul Gauguin sur celui-ci. Effectivement, les jeunes artistes s’en inspireront en utilisant notamment des formes évoquant l’Orient et la Polynésie…

Mais cette nouvelle génération d’artistes sera aussi attirée par les thèmes évoquant l’harmonie avec le Cosmos et la Nature préservée de la civilisation, décrits par les oeuvres notamment de Paul Gauguin.

Les peintres « fauves » tels que Henri Matisse, Maurice de Vlaminck ou André Derain reprendront cette vision idéalisée du monde dans leurs oeuvres. Ils les montreront durant le Salon de 1905 et attireront ainsi l’attention de la critique.

Cette nouvelle peinture issue en partie du Primitivisme rencontra un grand succès auprès des grands collectionneurs moscovites, regroupés autour de l’association la Toison d’Or. Ils organiseront les premières expositions de peintures fauves en 1908.

Enfin, il sera établi que le qualificatif « fauve » désignera les toiles qui porteront la couleur pure à ses limites extrêmes. « Le Fauvisme, dira Matisse, est venu du fait que nous nous placions tout à fait loin des couleurs d’imitation et qu’avec les couleurs pures nous obtenions des réactions fortes« .

Cet article concis mais fort instructif est complété par une galerie présentant les oeuvres du département. En cliquant sur une oeuvre choisie, une fiche s’ouvre donnant accès à une biographie de l’artiste, une reproduction de qualité ainsi qu’une fiche descriptive de l’oeuvre. De plus, ce site donne les noms de tous les musées ayant organisé des expositions en rapport avec le sujet.

En définitive, Insecula est un site indispensable à tout Historien de l’Art voulant approfondir ses connaissances, ainsi qu’au curieux en quête de nouveaux horizons culturels.

Musée d'Orsay, Paris

Paul Gauguin, Arearea (détail), 1892, hst, Musée d’Orsay, Paris

Poster un commentaire

Classé dans Banques Numériques, Musées et expositions, Sites spécialisés

Les peintres de Pont-Aven autour de Gauguin

1

Les chaînes France Télévision, premier groupe audiovisuel français, proposent un site sur lequel sont regroupées leurs différentes antennes : France 2, France 3, France 4, etc. L’internaute n’a qu’à cliquer sur la chaîne qui l’intéresse pour retrouver les documents de son choix, classés par catégories répertoriées dans des onglets dès la page d’accueil : programmes télé, émissions en replay, vidéos… Voilà de quoi étendre et varier nos recherches !

En effet, chaque page d’accueil de chaîne télévisée présente une barre de recherche. Dans chacune d’elles, nous avons mené une exploration via le mot-clé « Gauguin », et c’est sur la page France 2 que nous avons retenu la ressource la plus intéressante…

France 2 est connue pour la diversité de ses petites émissions consacrées à la culture et aux loisirs. Toutes sont présentes et rediffusées sur le site de la chaîne. Tout est conçu de manière à naviguer facilement, afin de retrouver quelque chose en particulier, ou bien pour séduire l’internaute et le perdre dans le visionnage de contenus… bien mis en valeur ! Ludique, pratique, complet : la TV du net a su séduire les téléspectateurs pour les faire déplacer du canapé jusqu’à leur ordinateur ! Ah, la magie des ressources numériques

Trêve de plaisanteries.

2

Ainsi, l’émission matinale « Télé Matin » présentée du lundi au samedi de 6h à 9h30 par William Leymergie, connait un succès considérable. Il s’agit d’un journal d’information où viennent se mêler des chroniques culturelles divertissantes et instructives : spectacles, librairies, cinéma, musique, mais aussi expos et musées !

Vous vous douterez bien que ce sont sur ces deux dernières chroniques que nous nous sommes penchées… Chacune présente les évènements de musées ou les expositions ayant fait l’objet d’une présentation par un chroniqueur de l’émission. Merveille : tout a été archivé par date, de jour en jour, avec le titre du sujet traité, depuis l’année 2010 ! Lorsque l’on clique sur un lien donné, nous sommes redirigés vers une page qui nous décrit précisément le sujet de la chronique, et souvent, les vidéos sont encore disponibles (mais malheureusement pas toutes, sans doute à cause de l’ancienneté de certains contenus).

Dans la chronique « Musées », c’est le titre « Les peintres de Pont-Aven autour de Gauguin » qui retiendra notre attention. Le samedi 9 février 2013 dernier, c’est le jeune chroniqueur Damien Thévenot qui présentait aux téléspectateurs matinaux l’exposition consacrée aux peintres de Pont-Aven et plus particulièrement encore : à Gauguin. Abritée du 12 janvier au 8 avril 2013 par l’Atelier Grognard (92), elle regroupait un grand nombre d’œuvres des peintres qui s’étaient réunis autour de Gauguin : Paul Sérusier, Emile Bernard, Maxime Maufra, Maurice Denis… En tout, près de 150 peintures, gravures et dessins ont été réunis, illustrant une période allant de 1886 aux années 1920. L’attrait de l’exposition : sur les 105 tableaux présentés et les 50 œuvres sur papier, 80% sont issues de collections privées et la plupart n’avaient jamais été présentées au public !

Ce petit reportage de 6,29 minutes seulement, évoque le cloisonnisme instauré par Gauguin, qui bouleverse les codes de la peinture classique. De même, il fait un point sur l’Ecole de Pont-Aven, sur les avantages que le lieu offrait aux artistes qui s’y rendaient… Le commissaire d’exposition Hervé Duval y est interviewé et nous explique rapidement la peinture de Gauguin : abandon de la perspective, élimination des détails, superposition des couches de couleur…

Comme le montre très bien la vidéo, Gauguin, bien que maître, n’a jamais cherché à imposer quoi que ce soit, mais explorait de nouvelles voies picturales autres que celles de la peinture classique. Il souhaitait une libération de l’artiste et des règles. Travailler librement, être audacieux et se détacher de ce qui avait été établi… Là était la philosophie artistique de Gauguin durant son séjour à Pont-Aven, alors même que cette Bretagne brute et sauvage qui lui plaisait tant constituait son premier pas vers le Primitivisme, auquel il se joindra par la suite pour ne plus s’en défaire.

Voici donc de quoi, une fois de plus, aborder l’histoire de l’art sous son angle le plus divertissant et accessible possible. Tous à vos écrans !

Poster un commentaire

Classé dans Musées et expositions, Programmes télévisés, Vidéos

Fan de Gauguin

Gauguin fan est un blog personnel sur Blogspot, site tout aussi facile d’exploitation que WordPress, bien que plus simple d’apparence. Il propose, en sous-titre, une « étude de la personnalité, de la motivation et de l’art de Paul Gauguin ». Étant donné le titre et les ambitions posées, nos espérances sont grandes, mais le résultat est moins convaincant.
Commençons par l’organisation visuelle du blog. Premièrement, nous remarquons l’absence de pages, ce qui empêche à l’internaute de s’orienter plus facilement sur l’interface. L’auteur a organisé (assez maladroitement), des catégories pour trier ses articles et ses onglets : dans « Image Sources », il précise l’origine des images, ce qui est toujours bienvenu, dans « Italian Art », qui est complètement hors-sujet, on retrouve néanmoins une version numérique de l’ouvrage Noa-Noa en anglais, dans les archives de « Mars 2007 » sont regroupées les commentaires d’œuvres concernant sa période primitiviste, et dans les archives de « Février 2007 », quelques commentaires d’œuvres symbolistes. Les articles sont par ailleurs classés en ordre chronologique, du plus ancien au plus récent (de 1886 à 1896).
Le blog offre ainsi de n0mbreux commentaires d’œuvres, toujours en anglais. Les images sont jointes, mais aucune légende précise n’est ajoutée. De plus, en dehors du manque d’informations à propos de l’auteur du blog, ce mystérieux inconnu ne cite aucune de ses sources, ce qui questionne la fiabilité de ses propos, qui ne sont pourtant pas inintéressants.
En effet, en dehors de ces nombreux bémols, le blog est intéressant sur plusieurs points. Pour chaque œuvre, nous avons le droit à une petite mise en contexte, avec soit des renseignements biographiques sur Gauguin, ou alors des informations d’ordre esthétique, concernant ses techniques picturales. Par exemple, si l’on en croit ses dires, nous apprenons que Gauguin était mécontent de son tableau Ta Matete de 1892. À plusieurs reprises, nous retrouvons la critique assez commune de l’emploi de stéréotypes et d’idéalisations par Gauguin, mais elles ne sont que brièvement évoquées, et parfois récusées. Il mentionne aussi souvent l’emploi du synthétisme dans les œuvres primitives de Gauguin, ce qui est une bonne remarque. Les œuvres sont décrites un peu à la va-vite, sans analyse picturale poussée, ce qui est un peu dommage, et souvent le lien entre le contexte biographique et les éléments picturaux sont un peu précipités. Par exemple concernant Eiaha Ohipa (Ne pas travailler), il établit un lien direct entre l’acceptation de Gauguin de son échec matériel et son retour à des sujets plus simples et moins idéalisés. Cela ne veut pas dire que le rapprochement est fallacieux, simplement le lecteur voudrait éventuellement avoir plus d’informations à ce sujet.

Malgré l’organisation maladroite du blog, les articles restent intéressants pour l’internaute qui veut découvrir les œuvres de Gauguin sans avoir trop d’informations. Cependant, les commentaires, qui restent judicieux, mériteraient d’être complétés de sources ou d’autres indications pour le lecteur, car il reste ici dans le superficiel. Un vrai « fan » de Gauguin aurait sans doute fait une étude plus approfondie de son peintre favori !

Poster un commentaire

Classé dans Blogs et sites personnels

Gauguin le colon ?

Gauguin, Te Arii Vahine (La femme aux mangues), 1896, huile sur toile, 97 × 130 cm, Musée Pouchkine.

Gauguin, Te Arii Vahine (La femme aux mangues), 1896, huile sur toile, 97 × 130 cm, Musée Pouchkine.

Multiculturalisme et identité en littérature et en art est un ouvrage d’essais réunis par Jean Bessière et Sylvie André, sous la direction de l’Université de Polynésie Française et de l’Association Internationale de Littérature Comparée, publié en 2002 chez l’Harmattan et numérisé en 2008. Il traite du multiculturalisme comme résultat du colonialisme et comme constitution des identités collectives, à travers la littérature comparée et les arts plastiques. Dès la préface, Sylvie André nomme Gauguin comme figure caractéristique de la production esthétique comme lieu du questionnement social du mélange des cultures.
L’essai qui nous intéresse plus particulièrement se trouve dans la première partie de l’ouvrage, « Expressions des identités culturelles et espaces du Pacifique », dans un essai du docteur en lettres Shigemi Inaga, dont le titre est très précis : « Tahiti et la migration des signes, Représentation du paradis terrestre chez Paul Gauguin et quête de la créolité dans le langage plastique au tournant des XIXe et XXe siècles ». L’ouvrage est partiellement disponible en version numérisée sur le service Google Livres, mais plusieurs pages de notre texte manquent. Pour combler ce défaut, qui est très frustrant lorsque le livre est introuvable ailleurs, une version consultable du même texte est disponible via Didactibook. L’ouvrage n’est pas disponible dans son intégralité, mais en cliquant sur « feuilleter » nous avons accès aux 47 premières pages, mais le format est trop petit pour être lisible. Autre solution : en tapant le titre sur la barre de recherche google, cliquez sur le second lien pour télécharger une version pdf des 20 premières pages du livre, et complétez avec Google Livres.

Après ces pérégrinations peu commodes (ce sont les aléas des droits d’auteur), revenons à notre essai. Shigemi Inaga rappelle en un premier lieu que Gauguin a été victime de critiques dites « post-coloniales » concernant son attitude dans les Îles, accusé de délits de prostitution, d’affabulation et de falsification du patrimoine culturel. En réponse à ses accusations, l’auteur ne tente non pas de réhabiliter l’artiste, mais de réinterpréter ses actes comme « produit ultime de la situation coloniale » ainsi que comme pionnier de la recherche multiculturelle, ce que l’on voit à travers ses arts et ses écrits. Au sujet de l’accusation de « pillages », Gauguin aurait en fait eu comme procédé intentionnel d’extraire des sources iconographiques de leur contexte d’origine pour les combiner de façon originale (comme par exemple les estampes japonaises). Il nomme cet art la « créolisation du langage visuel« , et se propose de l’étudier plus en détails. Il prend comme exemple le tableau Te Arii Vahine, qui représenterait une Ève tahitienne, et en retrace les origines iconographiques. S’ensuit la démonstration d’un lien entre la représentation par Gauguin d’une Ève immaculée et sa critique d’une morale chrétienne, que l’on retrouve par ailleurs dans ses notes rédigées lors du second séjour à Tahiti. Après cette analyse intéressante et d’ailleurs inédite, Inaga se propose d’interpréter la fameuse œuvre D’où venons nous? Que sommes-nous? Où allons-nous? selon différentes sources littéraires et iconographiques. Nous comprenons mieux pourquoi les toiles de Gauguin décrivent un monde idéalisé et irréel : cela correspond en réalité à une phase d’extinction d’une forme de paradis terrestre à Tahiti et aux Marquises (qui souffraient d’une dépopulation considérable). L’auteur conclut son essai sans porter de jugement de valeur, mais en insistant bien sur le fait que Gauguin a réalisé une « migration des signes en quête d’une identité multiculturelle. »

Les difficultés rencontrées pour accéder au texte en valaient la peine, car c’est ici une toute nouvelle approche de l’œuvre de Gauguin que nous découvrons, éclairées par le très intéressant point de vue de la littérature comparée mais aussi de l’analyse des sources iconographiques. Au lieu d’accuser partialement Gauguin comme étant un colon, ou au lieu de le défendre, nous pouvons tout simplement retracer ses démarches artistiques qui sont indéniablement originales et uniques dans le genre.

Poster un commentaire

Classé dans Banques de données et ouvrages numériques